Catsoniou
écrit à

   


Maximilien de Robespierre

     
   

Cher Maximilien

    Cher Maximilien,

Je suis outré de l'injustice qui te frappe: Paris refuse obstinément de t'honorer d'une plaque de rue. Honte à monsieur Delanoë et à ses amis qui ont repoussé une nouvelle fois cette éventualité.

Si l'Être suprême t'offrait la possibilité de t'exprimer aujourd'hui à la tribune de l'Assemblée nationale, tu pourrais à nouveau tenir ce discours: «le droit de propriété est borné comme tous les autres par l'obligation de respecter les droits d'autrui. Toute possession, tout trafic qui viole ce principe est illicite et immoral». Ces phrases ont été prononcées devant les Jacobins lors de ta propre présentation de la «Déclaration des droits».

Et quand, à cette occasion, tu proposais cet article «le peuple peut, quand il lui plaît, changer son gouvernement et révoquer ses mandataires», je me demande si tu n'étais pas quelque peu visionnaire. Vu le soutien de notre Président dans l'opinion tombé à la portion congrue, ce principe trouverait toute sa signification!

Mais, c'est ta déclaration sur le droit de propriété qui me paraît aujourd'hui la plus appropriée. Sachant que la très grande majorité de nos concitoyens ne dispose que de sa force de travail pour vivre, ses bras, son cerveau, son savoir-faire, il est particulièrement immoral qu'elle en soit carrément dépossédée par les détenteurs des leviers économiques ou qu'elle soit spoliée de l'essentiel de la plus-value qu'il génère.

Ceux à qui tu disais «votre déclaration paraît faite, non pour les hommes, mais pour les riches», ne te l'ont pas pardonné et ils n'ont eu de cesse de précipiter ta chute, et leurs descendants te poursuivent à titre posthume de la même haine viscérale, refusant que les passants anonymes puissent se remémorer les idées que tu as insufflées.

Je suis persuadé qu'aujourd'hui tu t'élèverais contre l'injustice, la corruption, les richesses accaparées  sans vergogne par un nombre restreint de «riches».

Salut et Fraternité!



Cher citoyen,

Merci pour l’estime que tu me témoignes. Ce n’est guère une futilité comme une plaque de rue qui m’afflige, mais d’avoir appris qu’à ton époque on semble encore se réclamer de nos maximes imparfaites qui devraient, selon toutes les attentes que l’on place dans le progrès humain, être depuis longtemps dépassées… Nous voulions croire que les générations qui viendraient après nous vivraient mieux que nous et n’auraient plus besoin de défendre, comme nous, les droits de l’humanité contre ceux qui aspirent encore au retour de l’ancien régime. Il n’y aura jamais de meilleur hommage pour moi que de savoir les droits de l’homme être le fondement effectif de la République et de voir la liberté et l’égalité régner paisiblement partout en France. Je suis navré que ce ne semble pas être ainsi.

La République ou la mort!

Maximilien Robespierre