Coline
écrit à

   


Maximilien de Robespierre

     
   

Changer les choses

   

Cher Maximilien,

Je vous remercie vraiment d'avoir pris la peine de répondre à ma première lettre.

Je ne sais si vous savez à quel point ceux qui se donnèrent le titre de thermidoriens ont sali votre mémoire. À tel point que, même aujourd'hui, la plupart des gens vous voient comme un tyran.

Je viens seulement d'atteindre ma quinzième année mais je sais déjà où je vais et j'aimerais un jour pouvoir réhabiliter votre nom comme il se doit. Cela me paraît tellement injuste, quand on voit qu'un être vil comme Danton, lui, a ce qu'on pourrait appeler une légende dorée! Je crois que les gens ont déjà une meilleure perception de vous qu'il y a une centaine d'années, grâce à quelques historiens, auteurs, et simples gens, comme moi, qui parlons de vous à notre entourage.

J'ai aussi une question, que je juge moi-même extraordinairement futile, et vous aussi certainement, mais je la pose juste par curiosité: comment appelez-vous Saint-Just quand vous parlez avec lui? Par son nom, son prénom?

Je suis réellement ravie de pouvoir communiquer avec vous.

Avec toute mon admiration,
 
Coline


Ma chère Citoyenne,
 
Je vous remercie de votre nouveau message et de l’estime que vous me témoignez. Je tiens à vous dire qu’il est très important de défendre la vraie histoire de la Révolution, non point pour moi ou pour un autre mais pour la vérité, pour que triomphent les droits du peuple, car croyez-moi, la liberté publique et l’égalité effrayent et dérangent les aristocrates et les muscadins bien plus que la terreur. En outre, quelles que soient les horreurs qu’on puisse répandre sur moi, il serait à coup sûr bien plus aisé de me couvrir de calomnies que de présenter mes calomniateurs en hommes honnêtes.
 
Quant à votre question, même si elle me paraît en effet sans grande importance, je ne vois aucune raison de ne pas satisfaire votre curiosité. Saint-Just est de loin un homme extraordinaire! Je m’honore du titre d’ami qu’il m’a décerné et je l’appelle volontiers ainsi, ou même juste par son prénom lorsque nous sommes seuls ou en cercle d’amis, mais jamais je ne me permettrais une telle familiarité en public.
 

Je reste, chère Citoyenne, votre sincère et dévoué concitoyen,
 
Maximilien Robespierre