Bas le masque!
       

       
         
         

Gwailir

      Cher Cordelier renégat,

Selon comment on lit l'histoire, tu apparais comme un être frustré, revanchard et fourbe! Toujours caché derrière ta lame damnée ou le fanatique paralytique, tu n'as jamais avancé à visage découvert jusqu'à ce que ton esprit malade se prenne pour Dieu lui-même! Toi qui voues une admiration sans borne au rêveur solitaire d'Ermenonville, quel retournement!

Et que dire du faux procès de Danton, Camille, Fabre et leurs compagnons que tu orchestras dans l'ombre de l'arrière-salle du tribunal révolutionnaire; reconnais aujourd'hui que tu as manipulé l'accusateur public, le noir Fouquier-Tinvile pour couper la voix qui voulait en finir avec le bain de sang de ta terreur qui avait assez coulé!

Un ami de Georges
         
         

Robespierre

      Monsieur,

Je suis étonné de découvrir que j'abrite en mon humble personne tant de pêchés mortels. Hier encore, j'étais loin de l'imaginer! Je ne porterai guère attention à vos invectives, elles sont tout bonnement ridicules. Vous n'aviez nulle obligation de signer, seul un ami d'un traître dépité de voir son acolyte expier ses forfaits, pourrait écrire cette infâme missive. 

Pour votre gouverne, personne ne m'a jamais associé aux Cordeliers, ni m'a rangé parmi les intimes de ce club. Je l'ai fréquenté à un moment donné, sans toutefois souscrire aveuglement à leurs agissements, surtout que certaines connaissances que j'y ai comptées se sont révélées pourries. Je n'étais pas plus cordelier que Marat n'était jacobin. 

De même, je n'éprouve aucunement besoin de porter un masque, à l'instar de votre cher ami, je n'ai pas goûté au plaisir de mener une double vie. Je vis dans la transparence la plus banale et ennuyeuse pour les amateurs de scandales de la trempe de Danton. Cessez donc d'attribuer à votre maître à penser des inspirations nobles dont il n'a jamais rêvé. Assez parlé de la clémence, ils n'en avaient que pour leurs complices, point pour le peuple. Danton et les siens ne cherchaient à briser l'échafaud que par crainte d'y monter.

Et pour en finir avec cette lettre, je n'ai pas mis les pieds au tribunal révolutionnaire pendant le procès de Danton. Quiconque ose prétendre le contraire est le plus impudent de tous les calomniateurs. J'ai des affaires hautement plus importantes que de me soucier de la punition de quelques corrompus. Je laisse ce soin à la justice nationale. Pas vous?

Maximilien Robespierre