Coriolan
écrit à

   


Maximilien de Robespierre

     
   

Assez!

   

Assez de tous ces chouans illuminés!

Salut à toi, citoyen Robespierre! Continue à t'agiter, mon bonhomme, tant que tu peux, bientôt on te fera rendre gorge, à moins qu'une canaille issue du panier de crabes qu'est la République ne s'en charge pour nous!

J'ai lu la correspondance que tu as entretenue, de ta plume acerbe et éloquente, avec une foule de royalistes plus ardents les uns que les autres, et j'ai remarqué que la plupart, dans leur défense de la monarchie, s'appuyaient sur des arguments. Ils affirment que la monarchie est aussi apte à être démocratique (s'appuyant sur l'exemple de l'Angleterre, mais je considère quant à moi que c'est une chose à ne pas faire, un pays n'étant pas l'autre) et que la République n'a pas le monopole des idéaux démocratiques. Censée justifier cette prétention, la chouannerie, qui revient tout le temps!

Deuxièmement, ils mettent en avant les atrocités commises par tes nervis pour incriminer la République.

Qu'ils me permettent de rire de leurs élucubrations; lorsqu'on aura rétabli l'ancien régime, il sera tout à fait hors de question d'évoluer vers une quelconque ouverture démocratique. Je compte bien, une fois revenu au pays, récupérer mes biens et reconduire la vie que je menais avant l'arrivée de tes amis. Remarque, je mène toujours la belle vie, mais désormais dans les principautés allemandes, je vous suis donc reconnaissant, révolutionnaires, vous m'avez donné le prétexte pour une charmante excursion outre-Rhin.

Les doux rêveurs qui imaginent une société autre qu'aristocratique et féodale seront gentiment renvoyés à leurs études encyclopédiques.

Quant aux Chouans, je suis tout à fait d'accord avec toi! ce sont des bêtes sauvages, des animaux, comme tous les croquants qui peuplent la terre (étonnant que ce prétendu duc de Bretagne l'ignore. Mais est il bien duc de Bretagne?). Qu'avaient-ils d autre à faire que de mourir pour leurs seigneurs?

Quant aux atrocités qui éclaboussent ton gouvernement, si je m'attriste de celles qui ont fait périr tant de mes bons amis, gens de si grande qualité, je saisis qu'elles sont nécéssaires pour votre république, et crois-moi, les exilés ont bien l'intention de rendre la pareille à la bourgeoisie républicaine! Les proscriptions de Sylla (ah ce grand champion des Optimates!) ne seront rien en comparaison de celles qui signaleront notre retour dans notre chère patrie.

Vive la liberté! d'être au-dessus des lois.

Vive l'égalité! devant Dieu.

Vive la république! de Platon.
 
«Coriolan»


Monsieur,

J'ai lu votre missive avec un vif intérêt. Vos propos confirment pleinement toute l'insolence des aristocrates émigrés qui s'imaginent pouvoir arrêter la marche de la Révolution et revenir un jour pour replonger la nation française sous le joug de l'ancien esclavage.

Votre lettre ne m'apprend rien de nouveau sur l'espèce de monstres assoiffés de vengeance que sont vos confrères les émigrés, ou sur les plans sanguinaires de mettre la France à feu et à sang qu'ils portent dans leurs curs, que tout patriote lucide n'aurait déjà connu ou supposé. Mais je vous avertis, Monsieur, que j'en donnerai très prochainement la lecture à la Société des amis de la liberté et de l'égalité que vous et vos semblables affublent du surnom de Jacobins. Ainsi sera à jamais dissipée toute illusion sur la bonne foi des royalistes, soi-disant pénétrés des idées de fraternité et des droits de l'homme, qu'entretiennent parmi nous certains faux révolutionnaires à la solde de l'ennemi, qui espèrent sans doute implorer leur grâce en livrant le peuple au massacre. Je vous remercie donc de donner aux patriotes une preuve de plus, s'il en fallait, pour redoubler de vigilance face aux agissements de vos amis les aristocrates et de leurs complices parmi nous.

La République ou la mort!

Maximilien Robespierre