Louis XVI
écrit à

   


Maximilien de Robespierre

     
   

À propos de mon fils

    Je ne vous écris point, monsieur, pour réclamer une quelconque mesure de clémence en ma faveur. Je ne me fais guère d’illusion sur l’issue du jugement. J’entends vos positions et, de même que vous, j’eusse préféré que la Convention statuât immédiatement sur mon sort, m’évitant ainsi une procédure humiliante. Puisqu’il le faut, je vais donc mourir en roi mais pour autant je n’en suis pas moins père et je souhaiterais préparer l’avenir de mon fils avant que de paraître devant Dieu. J’ai, en effet, toutes les raisons de penser que, par sa naissance, on le regardera bientôt comme un nouvel ennemi. Je vous sais homme sensible, vous comprendrez mon inquiétude et c’est donc à vous que j’ai souhaité m’adresser. Je voudrais que la Convention se prononçât dès maintenant sur cette question en tenant compte de l’âge de mon fils qui le rend étranger aux ambitions dynastiques et je vous prie, à cet effet, de bien vouloir vous en faire le rapporteur.

À la Tour du Temple, le 10 janvier 1793

Louis


Monsieur,

J'ai examiné attentivement votre requête qui, je ne vous le cache point, m'a plongé dans un certain embarras, et réflexion faite, je préfère la décliner pour les raisons suivantes: d'une part, je n'en vois point l'urgence; je vous rappelle, monsieur, que la République est entraînée dans une guerre meurtrière et les mesures à prendre pour assurer notre victoire me paraissent infiniment plus pressantes. Et d'autre part, je ne suis pas naïf au point de ne pas comprendre que si l'âge de votre fils en écarte le soupçon de toute ambition, il n'en va pas de même pour sa famille ni pour les émigrés français, alliés des armées des tyrans qui se battent déjà en votre nom, et qui n'hésiteront pas à se battre au nom de Louis XVII, fût-il encore en maillot. C'est donc plutôt à eux que je vous conseillerais d'en appeler.

Néanmoins, comprenant l'angoisse que vous puissiez éprouver pour le devenir de vos enfants, je voudrais vous rassurer autant qu'il me l'est humainement possible. Je vous invite à faire pleinement confiance au peuple et à son assemblée. La République fait la guerre aux rois, non point aux enfants; elle saura prendre soin de l'orphelin privé de son père comme elle saura le protéger d'une éducation inconvenable et des mauvaises influences tendant à corrompre ses mœurs ou à éveiller son orgueil.
 
Maximilien Robespierre