Alexandre de Beauharnais
       

       
         
         

David Milot

      Bonjour Citoyen,

Pourquoi le Comité a-t-il décidé de guillotiner le vicomte Alexandre de Beauharnais, n'est-il pas un héros de la révolution?

David Milot
          
           

Robespierre


 
Citoyen Milot, bonjour,

En aparté, il ne convient guère de confondre le comité, que ce soit celui de Salut public ou celui de Sûreté générale, avec le Tribunal révolutionnaire. La décision de «guillotiner» quelqu'un, même le vicomte de Beauharnais, même vous ou moi, ne leur appartient point. Seul le Tribunal révolutionnaire est compétent en la matière.

Je m'étonne donc que vous vous enquérez auprès de moi quant aux raisons de la condamnation de Beauharnais. Je ne suis ni le procureur du tribunal, ni l'accusateur public, ni même un juré. Sa condamnation, je l'ai apprise, comme vous, dans les journaux; il y était question de sa complicité dans la conspiration à la maison d'arrêt des Carmes, et de ses trahisons militaires. Ces derniers temps je suis resté éloigné du comité, et je ne suis pas en mesure de vous renseigner davantage sur ses décisions. Toutefois, je conviens que le comité avait de bonnes raisons pour traduire le ci-devant vicomte de Beauharnais devant le tribunal. 

Hélas, citoyen, les vertus du patriotisme dans nos généraux nous manquent trop souvent. Je déclare que je ne saurai placer une confiance absolue en un aristocrate issu d'une famille dévouée à la royauté, et dont le frère a rejoint le camp des émigrés. Lorsqu'il a été appelé à diriger les opérations militaires, les faits se sont prononcés contre lui.

Beauharnais fut nommé en 1793 commandant en chef de l'armée du Rhin. À ce poste, il n'avait point manifesté d'«héroïsme» patriotique et d'ingéniosité dans le commandement de nos armées. Il avait échoué sous Mayence, et, ayant aussitôt démissionné, il s'est retiré chez lui. Déserter ainsi le front et son poste, lorsque la patrie a besoin de toutes nos forces et compétences est une chose grave, citoyen. Ceci le charge lourdement, et c'est pour cela qu'il a été arrêté en janvier courant. Si Beauharnais a été condamné, il est à croire que les accusations n'étaient guère sans fondement.

Maximilien Robespierre