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Dimitri
écrit à
Maximilien de Robespierre
Maximilien de Robespierre


Maximilien, asexué


   

Bonjour,

Ce message sera certainement des plus futiles, mais que voulez-vous, brave homme, de nos jours…

Vous avez bien de la chance, vous savez, d’être décédé depuis si longtemps. Mais pour notre plus grand plaisir, vous voici revenu parmi nous pour répondre aux multiples questions que nous nous posons.

D’abord: MAIS QU’EST-CE QUI VOUS A PRIS DE FAIRE LA REVOLUTION? Hum... Calmons-nous! Nan, mais c’est vrai, quoi! Notez le niveau de français des jeunes du XXIe siècle! Nous, maintenant, on est obligés de se tartiner la Révolution à toutes les sauces en Histoire tout au long de notre scolarité, à tel point que les profs finissent par ne plus dire la même chose! (Quoi? Louis XVI n’est pas mort sur la chaise électrique? Ah, bon!)

En plus, Napoléon, là, c’est votre faute! Alors maintenant, nous, on passe le bac comme des imbéciles écervelés qui tentons avec l’énergie du désespoir de réussir ce qui permettra de ne pas avoir une vie trop médiocre! Bon, pour Napoléon III, qui est aussi un peu votre faute, je dis rien parce que s’il n’avait pas existé, Victor Hugo n’aurait pas pu s’énerver contre lui toute sa vie et comme Victor Hugo c’est mon idole...

En réalité, le but de cette magnifique lettre emprunte d’humour – vous l’aurez compris – est de connaître de source sûre une information capitale pour la suite de mon existence. Dans un film qui parle de la Révolution, il y a un homme qui semble avoir… une certaine rancune envers vous, dirons-nous, et qui s’écrie avec une violence inouïe: «Tu n’as pas de couilles Robespierre! Tu es un eunuque!» Ma question est donc la suivante: est-ce vrai ?

Avec mes sentiments les plus chaleureux et en attendant avec impatience une réponse de votre part, réponse que j’espère sincère, je vous souhaite une agréable éternité,

Dimitri 



Jeune homme,

J'ai estimé à leur vraie valeur votre soif du savoir et l'intérêt profond que vous nourrissez pour l'histoire ainsi que la grandeur des sujets sur lesquels vous méditez le plus en ce moment, comme j'ai goûté le style pur et élevé que vous avez bien voulu employer dans votre magnifique lettre et qui vous semble si familier.

Inutile, je pense, de vous préciser que je n'ai point «fait» d'autres révolutions que celle opérée dans ma conscience à la lecture des vérités simples sur la nature de l'homme et de la société, vous resteriez sourd à mes explications car vos pensées sont décidément ailleurs. Naturellement, à en juger d'après les interrogations que vous m'avez soumises, vous n'êtes guère préoccupé par les questions des droits de l'humanité, ni par la liberté publique, ni par l'idée de la république, mais par autre chose bien plus sordide mais ô combien plus importante à vos yeux, que vous croyez digne de mon attention. Veuillez noter, jeune homme, que si je ne vous ai pas rabroué aussitôt après lecture de votre impertinente missive qui m'en donnait toutes les raisons, c'est uniquement grâce à ma particulièrement bonne humeur de ce jour. Ne croyez cependant point que je condescendrai à répondre aux invectives tant grossières qu'ineptes de Danton que vous vous mettez en devoir de citer. Je me bornerai juste de vous faire remarquer que même si votre message ne me laisse point supposer un usage assidu et manifeste du cerveau chez vous, je ne me permettrais guère de mettre en doute sa présence dans votre tête ni votre capacité de le mettre au travail si l'envie vous en prenait, et si c'est le cas, vous saurez y lire la clé de l'énigme qui vous obsède tant.

Sur ces paroles, je prends congé de votre aimable compagnie, en vous adressant mes meilleures salutations,


Maximilien Robespierre
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