Retour en page d'accueil de
          Dialogus

Mgr F. de N.
écrit à

Arthur Rimbaud


Votre talent précoce


   

Cher Monsieur Arthur Rimbaud,

Souffrez que je ne sache comment vous faire un éloge suffisant de votre œuvre extraordinaire. Je crois que si je n'ai pas le vocabulaire suffisant pour m'en charger, d'autres auront l'honneur de le faire, et je m'excuse d'être dans cette incapacité-là.

Permettez aimablement que je vous pose une question. Je ne sais pas ce qu'il en est à votre époque, mais là où je vis, il est extrêmement rare de rencontrer des enfants, adolescents voire jeunes adultes, qui aient un attrait particulier pour la littérature ou la culture. Je vous laisse imaginer combien il est encore plus rare de trouver de ces jeunes gens qui auraient un certain talent en ces domaines-là.

Mais à votre époque, vous avez été de ces gens-là. Y a-t-il eu une raison particulière, par exemple, lisiez-vous beaucoup lorsque vous étiez enfant? Comment se comportaient vos camarades d'école par rapport à ce sujet? Vous admiraient-ils, vous considéraient-ils comme un marginal? Plus généralement, qu'en est-il à votre époque? Aviez-vous parmi vos connaissances certaines personnes qui, jeunes comme vous, avaient développé un talent similaire? Est-ce que vos semblables à votre époque s'intéressent beaucoup plus à la culture?

Pardonnez la longueur de ma lettre, monsieur Rimbaud.

Je vous salue bien respectueusement,

~ Mgr F. de N.


Monseigneur (puisque Mgr il y a),

J'ai eu la chance de vivre à une époque où la réussite scolaire n'était pas marginalisée par nos pairs. Il est vrai que rédiger des vers latins n'était pas donné à tout le monde mais mes camarades le respectaient. J'ai beaucoup lu, beaucoup travaillé, aussi, et eu le bonheur de rencontrer des professeurs formidables, jeunes et passionnés, qui m'ont donné le goût de lire et de me perfectionner dans ce domaine.

En rajouterai-je dans le conservatisme? Une jeunesse à Charleville à mon époque n'offrait que peu de loisirs et de divertissements et l'imagination des jeunes gens un peu curieux n'avait pour exutoire que les belles-lettres. Quel dommage que les moeurs aient évolué et que le divertissement prime à votre époque. Je ne suis pas familier de nombreux écrivains, mais je me permets de vous citer M. Victor Hugo, lui-même talent précoce, Musset et un certain Lautréamont, qui ont écrit de bien belles pages vers vingt ans.

Bien à vous,

Rimbaud

************************Fin de
        page************************