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Virginia
écrit à

Arthur Rimbaud


«Vénus Anadyomède»


   

Bonjour,

«Vénus Anadyomède» est un poème qui m'a beaucoup marquée. Pourriez-vous me dire pourquoi vous avez choisi de montrer la femme avec autant de dégoût? Qu'est-ce qui vous a inspiré et qu'avez-vous voulu exprimer?

Cordialement,

Virginia


Chère mademoiselle,


Je suis heureux qu'on me parle enfin d'autre chose que du «Dormeur du Val»! J'ai écrit la «Vénus» à peu près à la même époque, j'étais jeune et révolté et l'un des objets de ma révolte était la poésie si fadasse des romantiques, qui décrivent perpétuellement des reines de beauté, des statues de marbre parfaites et figées. J'ai donc tout simplement voulu prendre le contrepied de ces textes si semblables, avec, bien entendu, la volonté de choquer, propre à mes seize ans de l'époque.

Cela dit, même si j'admets volontiers l'aspect exagéré de ce texte, ne pensez-vous pas que l'art oublie souvent, pour des raisons esthétiques, bien sûr, de parler des vieilles femmes? N'ont-elles pas aussi le droit de figurer dans la poésie? Mais ce serait peut-être trop justifier, à posteriori, ce texte un peu potache... J'étais jeune, voilà tout!


Bien à vous,

Rimbaud


Cher monsieur Rimbaud,


Je peux très bien comprendre cela. De nos jours, votre démarche n'aurait pas été originale (même si les jeunes vous égalent rarement pour ce qui est du talent!). Un très grand nombre d'entre eux ont acquis une grande notoriété de par la provocation et la marginalité. On retrouve souvent ce type de textes dans un style de musique appelé «métal», «out», aussi inspirés par la révolte et l'envie de «prendre le contrepied» du caractère séduisant des chansons populaires.

Les vieilles femmes ont tout à fait leur droit d'exister dans la poésie! Même si je pense qu'elles ont le droit d'être également valorisées! Je n'en reste pas moins «fan» (admiratrice) de vos œuvres (sourire).

Mes amitiés,

Virginia


Chère mademoiselle,

Grâce à mon nouveau talent d'ubiquité, je me suis un peu renseigné sur le style de musique que vous mentionnez et je n'ai pu m'empêcher de sourire. Si j'avais vécu à votre époque, j'aurais sans doute adhéré à ce genre musical: et pour commencer, savez-vous que j'étais l'un des rares de Charleville à porter les cheveux longs, quand j'étais jeune?

Quand je me repenche sur mes premiers poèmes, je m'aperçois qu'en effet j'ai souvent été féroce pour les personnes âgées, hommes ou femmes (je repense notamment aux «Assis»). Mais que voulez-vous, j'étais jeune, et quand on est jeune, la vieillesse déplaît par son côté statique et désuet. La jeunesse veut de la vie et du nouveau, pas de la nostalgie et de la lenteur! Je serais sans doute plus nuancé aujourd'hui...


Bien à vous,

Rimbaud

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