Retour en page d'accueil de Dialogus

Cassandre
écrit à

Arthur Rimbaud


Spleen


    Cher Arthur Rimbaud,

Quel honneur de pouvoir vous écrire! Quelle joie!

J'ai récemment terminé «Une saison en enfer», après avoir lu «Les fleurs du mal». J'ai particulièrement aimé la partie «Spleen et idéal», car j'y ai enfin découvert ce qu'était le fameux «spleen» de Baudelaire.

En lisant votre recueil, je ne cessais de penser que vous étiez marqué par le spleen, vous aussi. Idée sûrement fausse, bien entendu. Mais si je vous écris c'est pour que vous m'éclairiez sur votre état d'esprit lors de l'écriture d'«Une Saison en enfer». Qu'a-t-il bien pu se produire pour que vos poèmes me fassent penser à un poète aussi dépossédé de lui-même et tant tourmenté?

Merci beaucoup, et malgré ma difficulté à comprendre votre œuvre, j'aimerais vous dire que, désormais, je l'apprécie pleinement. Merci pour cette si belle plume, monsieur Rimbaud.

Cassandre

Chère Cassandre,

Je vous remercie de votre lettre; un poète est toujours heureux que l'on apprécie son œuvre, même s'il s'en est détourné. Pour revenir à ma «Saison en Enfer», dans quel état d'esprit seriez-vous si vous vous rendiez compte que la personne avec qui vous avez cru partager tellement se révélait être veule, velléitaire, geignarde et, qui plus est, remplie d'instincts meurtriers? J'avais pensé créer du neuf avec Verlaine, je me suis rendu compte de mon échec et l'ai vivement ressenti; ajoutez à cela le fait que je me suis retrouvé chez ma mère au lieu de la vie de bohème que j'avais cru mener; de là sans doute l'impression que vous laissent mes écrits. Je ne sais s'il s'agit de spleen, qui me semble être davantage un désenchantement général que lié à un évènement en particulier. Néanmoins, vous me voyez très flatté d'être comparé à Baudelaire.

Bien à vous,

Rimbaud
************************Fin de page************************