Retour en page d'accueil de Dialogus

Marine
écrit à

Arthur Rimbaud


Ressemblance


   

Le 6 juin 2012, à Nailloux


Mon très cher Arthur Rimbaud,

Tout d'abord, je vous demande de bien vouloir m'excuser pour la comparaison que je m'apprête à énoncer. Je ne suis pas sûre que vous comparer à une fillette soit la meilleure des choses à faire pour gagner votre sympathie, ou tout du moins votre réponse. Cependant, ne prenez pas peur! Ce n'est en aucun cas une insulte que je profère.

En effet, il n'y a pas si longtemps, tandis que je me promenais au musée Bemberg, à Toulouse, je me suis surprise à contempler une peinture de Berthe Morisot, l'une de vos contemporaines. Je ne sais si vous connaissez son œuvre qui m'a tant plu, «Jeune fille lisant», ni même si vous la connaissez, elle. Ce tableau, d'une grande délicatesse, représente, comme son nom l'indique, une jeune fille lisant sur fond de verdure.

Quelque temps après cette visite, je découvrais votre poésie. La fraîcheur de vos œuvres m'évoquait à merveille celle du tableau. Cependant, votre mode de vie m'a grandement étonnée. De ce que j'en sais, vous êtes un voyou, vendant armes et drogue. Je ne cherche nullement à vous offenser. J'ai seulement quelques questions qui me taraudent: est-ce que, pendant vos instants les plus sombres, telle cette jeune fille lisant, vous arrivez à trouver quelques instants de calme et de liberté pour lire, écrire ou seulement observer les nuages? Avez-vous un havre de verdure, un endroit isolé du monde extérieur que seul vous connaissez?

J'espère ne pas vous avoir importuné, et si j'ai été indiscrète, ce n'était nullement dans mon intention.


Bien à vous, en espérant vous lire prochainement,

Marine


Chère Mademoiselle,


Mon Dieu, suis-je donc si féroce pour que vous preniez tant de précautions oratoires? Vos scrupules m'ont fait sourire: n'ayez crainte, je ne suis nullement froissé de votre comparaison, ni du qualificatif de «voyou» que vous m'avez accolé. J'en ai, je crois, assez fait pour le mériter et l'assumer pleinement!

Je me suis renseigné sur le tableau dont vous parlez, et n'y trouve ma foi rien à redire. Je n'ai pas eu l'heur de connaître madame Morisot, qui ne faisait pas partie des cercles de peintres que je fréquentais à Paris. Le tableau est effectivement d'une grande fraîcheur et parle à tous les grands lecteurs, dont je fais partie.

J'ai toujours aimé, plus jeune, aller lire dans la campagne, loin des villes et de leurs mesquineries. Aujourd'hui, je suis au désert, c'est un lieu qui en vaut un autre pour le calme.

Quant à mes activités, je dois vous détromper: s'il m'arrive de vendre des armes, je ne vends pas de drogue, et n'en ai jamais pris non plus: j'ai toujours préféré les paradis verts de l'absinthe, légale qui plus est!


Bien à vous,

Rimbaud

************************Fin de page************************