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          Dialogus

Évcy
écrit à

Arthur Rimbaud


Processus créatif


   

Joli jour cher ami,

Ma question porte sur le processus créatif qui fut le tien.

Écrivais-tu tes poèmes d'un premier jet? Les retravaillais-tu dans leur ensemble ou au contraire vers par vers, en y réfléchissant soigneusement avant de le poser sur papier? Combien de temps te fallait-il en général avant de décider qu'un poème était fini? Un poète peut-il un jour se dire que son poème est fini?

Bien à toi.


Cher(e?) Évcy

Il m'a fallu réfléchir longtemps pour retrouver le «processus créatif qui fut le mien», puisque vous n'êtes pas sans savoir que j'ai désormais cessé d'écrire. Comment faisais-je alors ? Il me semble que je commençais par mûrir le poème dans ma tête, puis je l'écrivais une première fois avant de le recopier -parfois plusieurs fois- parfois sans y rien changer ou au contraire en affinant l'expression. Je gardais alors uniquement le texte copié, et jetais le texte original. Certains poèmes, comme les sonnets par exemple, avaient déjà leur fin écrite en eux-mêmes, si je puis dire; en revanche, pour les formes plus libres ou les textes en prose, je m'arrêtais quand j'avais le sentiment d'avoir dit ce que j'avais à en dire. Mais je n'irai pas jusqu'à prétendre que tous ces textes étaient aboutis et achevés. D'ailleurs, si vous y regardez de plus près, je n'ai réellement édité qu'un seul recueil, «Une Saison en Enfer», et j'ai eu quelques poèmes publiés dans des revues. Mes autres poèmes, ce sont mes amis qui leur ont trouvé assez de mérite pour les éditer. Je ne les ai jamais relus depuis que je suis ici, bien que certains de leurs vers me reviennent parfois. Donc oui, je pense que les poètes peuvent -et doivent- arriver à décider qu'un poème est terminé, malgré la tentation dangereuse de toujours y revenir.

Bien à vous,

Rimbaud

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