Florence
écrit à

   


Arthur Rimbaud

     
   

Pourquoi avoir accepté l'offre de Dialogus?

    Arthur,

Pourquoi cette amertume? Pourquoi accepter de répondre aux questions, et envoyer paître les gens?

Si tu voulais avoir la paix, il ne fallait pas signer la lettre d'acceptation... c'est tout simple...

Florence



Chère Florence,

Amertume? Je ne crois pas, non. Mais plus qu'assez des élèves en mal d'explications de mes poèmes, il y a longtemps que je ne fais plus les devoirs à leur place.

Ras-le-bol des allusions à ma sexualité, ce n'est pas votre affaire. La peste de la récupération dont je fais l'objet!

D'autre part, j'invite les lecteurs à lire les questions qui ont déjà été posées, je n'aime pas beaucoup me répéter, ni qu'on me dérange pour rien.

Bien à vous.

Rimbaud





Ben tu vois, s'il y a des gens qui aimeraient des explications sur tes poèmes, c'est parce qu'ils aiment ce que tu as fait. Pour ma part, moi je n'aime pas... et te lire sur Dialogus accentue encore un malaise qu'apparemment tu aimes entretenir.

Bravo de détruire la mémoire d'un homme qui a tant marqué, et qui marque encore... c'est parfaitement scandaleux.



Ah! Pauvre de moi, le scandale me suit et me poursuit. Je suis scandaleux parce que je ne veux pas donner d'explications à mes poèmes et faire les devoirs des élèves à leur place, et parce que je brise le mythe que vous vous êtes créé d'après vos lectures. On me dissèque, on m'assaisonne à son goût, on pense me connaître, on s'autorise des questions indécentes, des jugements hâtifs, et il faudrait que je sue la politesse et l'hypocrisie devant vos délires? Mais qui donc détruit la mémoire de l'autre?

Je suis peut-être un briseur de rêves, vous, vous êtes un âne.

Rimbaud





Au fond mon pauvre Arthur, comme tu as raison...

Ils n'ont qu'à te laisser en paix... tu n'es pas digne pour un sou d'intérêt.

Et puis, comment peux-tu briser un rêve alors que tu ne sembles être qu'un cauchemar... restons lucide!

Comme tu as la gentillesse de me traiter d'âne(sse), je tiens à te dire que je ne te souhaite même pas la pareille, car je ne m'abaisse pas à ce niveau, si facile d'accès...

Florence



... Un soir, tu me sacras poète,
Blond laideron:
Descends ici, que je te fouette
En mon giron...

Rimbaud




... J'ai dégueulé ta bandoline,
Noir laideron;
Tu couperais ma mandoline
Au fil du front...

le fouet pourrait se briser sur moi que je continuerai à te regarder avec mon sourire moqueur....

Florence, (insoumise à tes propos et à tes vers)

P.S. Arrête de me répondre - tu perds ton précieux temps -, tu n'auras jamais le dernier mot, grand homme que tu es... il te faudra travailler pour être à la hauteur...



Fade amas d'étoiles ratées,
Comblez les coins!
Vous crèverez en Dieu, bâtées
D'ignobles soins!

Adieu donc.

Rimbaud




Adieu lâche



Cher(e) inconnu(e),

Votre usage de la virgule m'esbaudit fort, et ma dignité ne vous a pas attendu pour être sûre de son fait. L'hermétisme n'est pas qu'usage de mots précieux. Par ailleurs, le fouet m'a toujours déplu. Allez vous gargariser ailleurs.

Rimbaud