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Marion Laveron et Pauline Rivière
écrit à

Arthur Rimbaud


Pourquoi?


   

Quatrième 3, collège Grand-Selve à Grenade

Cher monsieur Rimbaud,

Nous nous appelons Marion et Pauline; nous avons respectivement quatorze (six juillet 1994) et treize ans (vingt-quatre avril 1995). Nous étudions dans un collège du Sud-Est de la France, à Toulouse. Nous aimons la musique, faire la fête et plaisanter avec nos amis.

Nous vous écrivons cette lettre car nous aimerions davantage connaître votre passé –avoir des détails sur votre enfance, notamment la raison de vos fugues et ce qui vous a poussé à écrire des poèmes aussi jeune. Quelles sont les raisons de votre fugue du vingt-neuf août? Pourquoi êtes-vous devenu poète? Étiez-vous un élève brillant? Est-ce-que vos poèmes sont liés à vos fugues?

Marion Laveron et Pauline Rivière .


Mesdemoiselles,

Il est toujours étrange et stimulant de s'adresser à des personnes nées près de cent quarante ans après vous! Je vais tâcher d'éclairer votre lanterne, mais soyez indulgentes: vous me posez des questions sur des faits si lointains! Je vais vous répondre dans le désordre: j'ai régulièrement raflé des prix dans ma jeunesse, sauf en mathématiques, si ma mémoire est bonne. La poésie m'a toujours attiré, bien sûr: nourri de Victor Hugo, comment vouliez-vous qu'il en fût autrement? Et puis la poésie, c'est l'inconnu, le rêve, la création. On n'est pas astreint à une copie du réel; on peut le transfigurer. C'est cette liberté, je pense, qui m'a attiré.

J'ignorais que votre époque tînt une chronologie aussi précise de mes fugues! Vous êtes mieux renseignées que moi. J'ai quitté Charlestown plusieurs fois mais, au vu de la date, je crois me rappeler que cette fois-là, la chaleur estivale m'avait poussé sur les routes, ainsi que l'ennui de cette ville de province engluée dans la peur du Prussien, sans oublier la curiosité de découvrir Paris... Je suis parti plein d'espérance, mais une banale histoire d'argent m'a coupé les ailes et renvoyé dans le giron maternel... J'ai tout de même profité quelques temps de ma liberté, grâce à mon bon maître Izambard!

Enfin, pour ce qui est de votre dernière question, ce que j'ai vu le long des chemins s'est évidemment retrouvé dans certains textes. J'espère avoir répondu à toutes vos interrogations, merci pour cette promenade nostalgique!

Bien à vous,

Rimbaud

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