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Richard 
écrit à

Arthur Rimbaud


Pour M. Arthur Rimbaud, Harar.


    Salut cher Arthur,

J'espère que cette missive te parviendra où tu es. Je sais que la poste peut s'avérer quelque fois capricieuse (tu dois connaître le même problème avec les livres que tu te fais envoyer). Je te tutoie directement. Ne vois surtout pas dans cette attitude quelques acte de goujaterie ou d'impolitesse. Je le fais car pour moi tu es toujours ce fameux «gosse» de 17 ans de «Charlestown», l'homme aux  semelles de vent qui égraine ses voyelles par-ci par-là, au gré du vent.

J'ai toujours admiré ton oeuvre et ta grande modestie vis à vis de celle-ci. On te reproche d'avoir tout arrêté si vite, moi je ne te juge pas sur ce sujet. Si tel était ton choix...tant mieux.

Comment vas-tu à part cela? Toujours à Harar où tu t'es de nouveau enfoncé plus profondément dans les contrées inexplorées? Que nous mijotes-tu encore Arthur?

Une autre question: toi qui as vécu la guerre de 70 et la Commune, quel souvenir en gardes-tu? Je suis de Suisse aussi, il paraît que tu y as mis les pieds une fois, est-ce vrai? En attendant ta réponse (que tu écriras entre deux ventes d'armes), je te souhaite une bonne et longue continuation où que tu sois.

Ton ami Richard

Cher Richard,

Excusez-moi tout d'abord si je ne vous tutoie pas: n'y voyez pas mépris ou hauteur de ma part, mais ma génération a le tutoiement plus difficile que la vôtre. Votre missive a fini par me parvenir, en dépit des conditions plutôt chaotiques de ces contrées, et je vais tenter de répondre à vos nombreuses questions.

Est-il question de modestie dans l'attitude que j'ai adoptée face à l'écriture? Je ne crois pas:  j'ai tenté d'exprimer l'inexprimable, mais à un moment, il faut savoir reconnaître et accepter ses limites et, devant son impuissance, se taire.

Je suis en effet toujours à Harar, où je prépare de nouvelles caravanes, qui ne contiennent pas que des armes mais diverses marchandises qui n'ont rien que de très prosaïque! Rien de passionnant, mais il faut bien vivre! Il est possible que sur ma route je découvre des régions inexplorées, mais je suis ici davantage commerçant que voyageur, heureusement.

Pour ce qui est de la Guerre et de la Commune, je n'ai retenu que le «patrouillotisme» de la plupart de mes concitoyens. Les Communards, par contre, je les porte dans mon coeur, même si à l'époque, en raison de mon âge, j'ai été empêché de les rejoindre: j'aime les gens de courage et j'ai pleuré leur fin.

Enfin pour répondre à votre dernière question, il est vrai que j'ai «mis les pieds» en Suisse, au sens littéral du mot, puisque je n'ai fait qu'y passer au cours de ma route vers l'Italie, sans m'y arrêter, il y a une dizaine d'années. J'ai souvent manqué de temps pour réellement visiter les pays que j'ai traversés.

J'espère avoir répondu à vos attentes; n'hésitez pas à m'écrire de nouveau.

Bien à vous,

Rimbaud
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