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Edelia 
écrit à

Arthur Rimbaud


Nouveau souffle


   

Cher Rimbaud,

Que te dire en cette soirée? Moi la pauvre âme perdue dans une nuée de fantômes.. Et quels fantômes? Lorsque l'on a dix-sept ans et demi, que l'on est une demoiselle perdue dans un monde froid comme la glace, fondant, regelant à nouveau et refondant encore, à n'en plus finir... Cela me rend chèvre, entendre les gouttes tomber, et ne pouvoir les contempler, car il faut les compter, encore et encore, compter le temps que l'on vit sur ce morceau de poussière égaré dans le vide interstellaire et sur cette chose insignifiante, du moins transformée en chose insignifiante... Car tu dois le savoir, aussi horrible que la vie puisse être, elle garde le rayon de Vénus, Astarté, Artémis..
Si ce monde paraît insignifiant, c'est que la magie se perd, le monde s'automatise. L'on écrase la nature, les cartésiens sont contents «L'homme est le maître de la nature» comme disait Descartes! Ah, ah! Très drôle, mais de quelle glaise vient-il, l'homme?

Qu'est-ce qu'un nimbe de rosée, cherchant son linceul sur cette planète? Je ne suis qu'une ombre parmi tant d'autres, marchant, comptant encore les gouttes, avançant dans une boule de chair humaine qui s'obstine à se boucher les yeux par une abjecte habitude..

«Un nuage, mais qu'est ce qu'un nuage? Ah ben c'est un nuage...» Voilà ce que l'on dit! C'est vrai, c'est un nuage, mais pour moi c'est un des morceaux de la cape de Diane, s'étalant sur le manteau de la Reine du Ciel. Et quoi encore? Ma folie? Ah oui j'oubliais, je m'égare, désolée, ma présentation est peut-être un peu folle.
Grande Âme, toi qui as su révolutionner le monde de tes yeux, veux-tu savoir ce qu'est devenu le monde d'aujourd'hui? Était-il si sombre, ce temps où tu vivais? Oui, je crois peut-être, car je n'aurais pas survécu dans une époque où tout est dirigé par un dogme, un roi ou... Tiens, aurais-tu oublié mon cours d'histoire, quel gouvernement déjà? Peut-être suis-je indiscrète... La Jeune République?

Je vous admire, pour votre rébellion dans un enclos si fermé. Pour votre vision révolutionnaire oui. Même si je n'ai pas lu tous vos poèmes je ferai tout pour les lire. J'ai particulièrement admiré «Soleil et Chair».  Oui, magnifique poésie, ode à Vénus, Cybèle, Astarté, La Déesse, Les Dieux...

En un siècle, sous les chaînes de la religion, quel cri de libération, de retour aux sources! Je le relirai encore, pour capter chaque mot, et les autres aussi, je vous assure.

Désolée encore d'avoir pris de ton temps avec mes hallucinations de jeune poète un peu folle, mais en tout cas fière d'être folle... C'est grave? Bah...

Bien à vous,

Edelia


Chère mademoiselle,

Je suis heureux de voir que mes élucubrations de collégien peuvent encore plaire à votre époque. J’ai quelque peu renié ce texte de jeunesse, du moins dans sa forme, même si l’idée qu’il développait guide encore mes pas. Néanmoins, Soleil et Chair avait moins pour objectif de célébrer une déesse que de mettre en avant le paganisme qui m’a toujours habité et un certain sensualisme que je continue à revendiquer.

Si je puis me permettre, lorsqu’on a dix-sept ans et demi, ne peut-on pas trouver autre chose à faire que penser déjà au peu de temps qu’il nous reste? Profitez, mademoiselle, soyez folle!

Bien à vous,

Rimbaud


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