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Julien Goldberg 
écrit à

Arthur Rimbaud


Lettre


   

Cher Arthur Rimbaud,

Je vous écris cette lettre, car je vous ai vu en photo dans votre ville natale qui est aussi celle de ma mère et de mes grands-parents: Charleville-Mézières. Je connais votre musée et votre moulin au bord de la Meuse. Mais peu de monde connaît votre maison d'enfance au bord de l'eau; y étiez-vous heureux?

D'où vous est venue l'envie d'être poète? D'où vous vient l'inspiration de vos poèmes qui semblent si tristes, et sont très compliqués à lire et comprendre? J'ai été intéressé par votre poésie «Les voyelles» et j'aimerais savoir pourquoi vous l'avez écrite.

J'ai entendu dire que Verlaine était proche de vous. Était-il vraiment un très bon ami comme beaucoup se prêtent à dire?

Combien de poèmes avez-vous écrits en tout? Pourquoi et quel est le malheur qui vous a emporté? Qu'auriez-vous aimé faire d'autre que poète? Vouliez-vous continuer à écrire des poèmes toute votre vie? Les prochains auraient-ils été plus joyeux?

J'attends avec impatience vos réponses.

Un amateur de poètes,

Julien Goldberg


Cher monsieur,

Je ne savais pas qu'il y avait un musée à Charleville, les temps changent!

Je vous assure que dans le temps, les édiles locaux n'avaient aucune envie de me glorifier, tout comme je ne pensais pas pérenniser le nom de cette ville somme toute assez provinciale et morne. Néanmoins, j'y ai passé une enfance heureuse, à faire les bêtises coutumières aux jeunes garçons. La rivière nous a souvent servi de terrain de jeux, à Frédéric et moi.

J'ai toujours voulu écrire, sans pour autant rechercher à toute force l'inspiration et les sujets adéquats; ils s'imposaient à moi, à la faveur d'un paysage, d'une personne, d'une idée... Je vous assure que je n'étais absolument pas triste en écrivant certains poèmes! Pour leur complexité, c'est le propre de la poésie de créer une langue particulière, qui peut, j'en conviens sembler hermétique à quelques-uns. Il faut retrouver l'état d'esprit du poète!

Pour ce qui est des «Voyelles», que vous dire? N'avez-vous pas parfois cette sensation absolue qu'un élément correspond à un autre? C'est ce que j'ai ressenti en écrivant ce texte, et je vous assure que je suis le premier surpris de toutes les interprétations que l'on a pu me transmettre. Je ne me souviens d'ailleurs pas de tout ce que j'ai pu écrire.

Verlaine a effectivement été un très cher ami, mais versatile...

Aujourd'hui je suis loin de la poésie; je lui ai demandé de transfigurer ma vie, mais elle a échoué, et moi aussi. C'est sans doute malheureux de retomber ainsi sur le sol: ma vie actuelle est certainement routinière, mais c'est ainsi! Je pense qu'avec «Une Saison en Enfer», j'ai dit tout ce que j'avais à dire, et que je n'écrirai plus rien, de joyeux ou de triste.

J'espère avoir répondu à vos questions.

Bien à vous,

Rimbaud

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