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Annik
écrit à

Arthur Rimbaud


Les poèmes obscurs


   

Je suis émue de pouvoir communiquer avec vous. Votre vie est un mystère et c'est ce qui fascine tant de gens. Je ne vous écris pas pour le résoudre ni pour arriver à vous comprendre. Mais j'ai lu un dialogue dans lequel vous avez dit que les poèmes les plus obscurs ne sont pas nécessairement les plus profonds. Êtes-vous certain? Car il me semble que lorsque nous sommes mélancoliques, les choses semblent plus claires. Il est alors, il me semble, beaucoup plus facile de faire resortir des émotions qui normalement dorment en nous. Je vous admire d'avoir trouvé les mots justes pour nous faire ressentir votre peine. Je lis vos poèmes et même si je ne comprends pas tout, je comprends tout inconsciemment.

Je vous laisse sur ceci: le regard que le ciel me porte n'est que le reflet des étoiles disparues.
 
Annik


Chère Annick,

Permettez-moi d'éclaircir un point: obscur ne signifie pas forcément sombre et mélancolique! Ce que j'ai dû vouloir dire -encore que je ne parvienne pas à me rappeler du moindre dialogue portant sur ce sujet- c'est qu'il existe des poètes qui ont l'art de se torturer les méninges pour accoucher de textes abscons qui ont l'apparence de la profondeur tout en étant fort creux. Comme disait l'autre, «ce qui se conçoit bien s'énonce clairement»...

J'espère avoir aussi trouvé parfois les mots justes pour vous faire partager autre chose que de la peine: ce sentiment n'a pas été prépondérant dans ma vie, et j'ai le souvenir très net de poèmes écrits dans des moments d'exaltation intense. Et non, je ne pense pas que la mélancolie éclaircisse l'esprit, bien au contraire. Mais qu'elle soit à l'origine de grandes choses, peut-être.

Votre phrase sur le ciel est fort belle, mais pour moi, «je suis rendu au sol».

Bien à vous,

Rimbaud


Merci de m'avoir éclairci un peu les choses.

Mais j'ai une question pour vous. Aujourdhui, êtes-vous satisfait de ce que vous avez écrit?
 
Annik


Chère Annick,

Satisfait serait un grand mot. Mes premiers poèmes, je n'en garde que peu de souvenirs, mais les derniers me plaisent assez, oui... «Je sais aujourd'hui saluer la beauté».

Bien à vous

Rimbaud
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