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          Dialogus

Marine
écrit à

Arthur Rimbaud


Les chercheuses de poux (2)


   

Le 18/11/2013

Cher Arthur Rimbaud,

Je vous écris en ce moment car votre histoire m'intéresse et je souhaiterais en savoir un peu plus.

J'ai lu «La bibliothécaire de Gudule». Le moment où vos sœurs ont aidé Poil de carotte m'a particulièrement touchée. Je pense que, quand votre père vous a quitté, ça a été triste et je vous plains d'avoir était maltraité pendant votre enfance.

Excusez-moi, j'ai oublié de me présenter, je suis élève de Sixième au collège Lucien Goubert à Flamanville.

Maintenant que vous me connaissez un peu mieux, puis-je vous poser quelques questions:

- Quel est votre plus grand succès? Moi, j'ai adoré «Les chercheuses de poux».
- Est-il difficile de vivre en étant poète à votre époque?
- Avez vous eu une vie de famille?

Merci d'avance pour vos réponses,

Marine


Mademoiselle,

Votre première question m'a fait sourire: je ne sais pas si l'on peut parler de «succès» dans la poésie, même à mon époque! Un poète n'est pas un chanteur à la mode, et un poème n'a pas la même diffusion qu'un «tube», comme il paraît que l'on dit dans votre temps. Sans compter que mes textes n'ont jamais eu réellement de succès. Ils commencent tout juste à faire parler d'eux, depuis que je n'en écris plus, d'ailleurs... Apparemment, «Le dormeur du val» est assez apprécié, de même que les «Illuminations», si j'en crois les éditions qui se succèdent. Je suis content que vous aimiez «Les chercheuses de poux», ce texte de jeunesse qui semble un peu oublié dans les éditions actuelles.

Vous devez bien vous douter, au vu de ce que je viens de vous dire, que la condition de poète à mon époque est plus un sacerdoce qu'une sinécure. Il faut avoir la foi pour vouloir vivre de sa plume, et plus encore quand on cherche à écrire des vers et à donner sa vision propre des évènements et de ce que devrait être l'écriture. Certains poètes de mon temps ont du succès et réussissent à vivre de leurs poèmes, mais la réception de mes recueils m'a conforté dans l'idée que mes contemporains n'étaient pas encore prêts à lire ce que j'avais à leur dire.

Votre troisième question me plonge dans une grande mélancolie: outre mes jeunes années, je n'ai jamais eu de réelle vie de famille. Depuis que ma petite sœur est morte, ma famille m'est devenue encore plus étrangère et c'est pour cela que j'ai choisi de mettre le plus de distance possible entre elle et moi. Et néanmoins, il me prend aujourd'hui des regrets de ne pas m'être marié et enterré dans quelque trou de campagne, où je pourrais transmettre quelque chose à un fils...


Bien à vous

Rimbaud

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