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Léa
écrit à

Arthur Rimbaud


L'aube


   

Cher Rimbaud,

C'est une sensation étrange que de vous écrire. Me voilà désarmée...

Je voulais simplement vous remercier de m'avoir donné gout à la poésie, de m'avoir fait rêver, rire, aimer, pleurer, indigner, fantasmer, haïr, toute une palette d'émotions plus extrêmes les unes que les autres. Vous qui voyez les symboles du monde, qui nous faites redécouvrir des choses oubliées, comment voyez-vous le monde du XXIe siècle? Avez-vous des regrets?

Je sais que je pousse un peu mais... pourriez-vous me faire parvenir le poème qui vous à le plus marqué dans votre jeune vie?

Merci d'avance. Que les étoiles veillent sur vous.

Léa


Chère mademoiselle,

Je suis très heureux d'avoir fait naître tant d'émotions en vous que je ne connais pas, mais vous allez peut-être en éprouver une autre: la déception, car je ne peux répondre à votre question. Je ne «vois» rien du XXIe siècle, j'en espère évidemment beaucoup, mais je vis en 1890... Je ne me suis pas fait voyant au sens de devin. Mais vous-même, que pensez-vous de votre époque? C'est une question beaucoup plus intéressante.

Ai-je des regrets? Oui, évidemment, quelques-uns. C'est toujours le dilemme d'Achille: une vie intense et pleine d'orages, ou une vie plus monotone mais plus paisible? Ma vie a été mouvementée, il est vrai, néanmoins je ne renie aucun de mes choix. Quant au poème qui m'a le plus marqué... C'est une question bien difficile. Je me souviens avoir beaucoup aimé, très jeune, les «Fêtes galantes» de Verlaine, dans leur ensemble, ainsi que certains poèmes de Baudelaire, qui me semblaient appartenir tous deux aux poètes «Voyants». Je ne peux malheureusement me rappeler un titre en particulier. Lisez-les, puis dites-moi lesquels vous auront le plus marquée, nous pourrons alors en discuter.

Bien à vous,

Rimbaud

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