L'amour
       

       
         
         

Isabelle Desormeaux

      Mon cher Arthur,

Comment te questionner sans avoir l'air trop idiote... Vois-tu ta vie m'as touchée au plus profond de l'âme, ta poésie chavirée et ton doux visage subjuguée... Depuis je me demande si le désir d'une âme soeur te traverse l'esprit de temps à autre? Si tu crois toujours à l'amour réinventé? Sache qu'à toutes les nuits tu marches dans mes rêves et que mon seul souhait est de te voir enfin heureux! (tu le mérites tellement) Et moi pauvre soeur de charité j'existe ici dans les déserts de l'amour en gardant bien secrète cette affection envers toi (car on me croirait folle j'en ai bien peur). Beaucoup de gens t'ont qualifié de «voyou» mais moi c'est un être d'une extrême sensibilité que je sens près de moi.

Alors Arthur quand partons-nous pour le bonheur?

D'une fleur-bleue qui t'attend depuis une éternité.

Ysaura

 

       
         

Arthur Rimbaud

      Chère Mademoiselle,

Votre lettre est touchante et je ne sais que dire. Je suis extrêmement embarrassé... Et amusé. Je crains que vous ne soyez très déçue. Voyez-vous, je ne suis plus vraiment le jeune poète de 16 ans au «doux visage» (je ne peux m'empêcher de sourire) ni le voyou qui s'amusait à scandaliser les gens, mais un homme d'âge mûr, grisonnant, au visage recuit par le soleil, unijambiste à la santé capricieuse, peu bavard et doté d'une humeur très inégale. J'ai abandonné la poésie. J'ai tant voyagé et travaillé que je n'ai pas vraiment eu le temps de réinventer l'amour. Maintenant je suis si misérable que je me demande bien qui voudrait encore de moi.

Je vous remercie de votre intérêt mais je préfère vous laisser à vos rêves. Je vous souhaite bonheur et prospérité.

Votre dévoué,

Rimbaud