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Pascal
écrit à

Arthur Rimbaud


La liberté libre


   

Salut Arthur,

Tu me pardonneras si je te tutoie, mais je n'arrive pas à faire autrement. J'ai vingt ans, et j'ai toujours eu l'impression d'être plus vieux que toi, même avec tes cent-cinquante ans. Et puis d'ailleurs, si je parlais en anglais, ça ne changerait rien. La liberté se sent bien mieux ainsi!

Je pense que tu vois tout ce qui se passe ici, dans notre XXIe siècle, et si tu te poses encore la question, n'ait plus peur, tes œuvres ont survécu. Plus encore, tu es un mythe, ce personnage dont on ne sait plus s'il a vraiment existé, à cause d'un passage trop symbolique, trop réussi. Tu peux être fier de toi, quand, au bout de cent-cinquante ans, tu es l'idole de nombreux adolescents, tu as suscité tant de vocations! Tu es aussi devenu l'idole de nombreux adultes et vieillards qui ont fantasmé sur ta réelle existence. À ce sujet, toi qui vois notre siécle, qu'en penses-tu? Crois-tu qu'on puisse encore atteindre la liberté libre aujourd'hui? Quelles sont finalement les différences avec ton siècle? Où est le génie? Que peut-on encore révolutionner, dans ce monde aseptisé, guidé par la dictature de la précaution? Crois-tu que tu aurais vécu ta liberté aussi pleinement qu'à ton époque? On ne peut pas voyager sans argent, on ne peut pas rêver et avoir de l'argent! Je ne cherche pas à émettre une critique, mais juste à savoir si j'aurais vraiment dû vivre avec toi dans ton siècle.

Je te salue!

Si tu me réponds, alors je serai l'être le plus heureux! Oui, que j'aurais aimé un instant te côtoyer, pouvoir te serrer la main et admirer dans tes yeux clairs l'apogée de l'intelligence!

Chaleureusement,

Pascal


Cher monsieur,


Vous me pardonnerez de vous vouvoyer, les vieilles habitudes sont tenaces...

Je ne sais pas si je dois me féliciter que mes œuvres aient survécu, puisque je voulais au contraire les voir disparaître... J'éprouve une certaine fierté, bien sûr, mais c'est un peu terrifiant de devenir un mythe, non?

Je vois votre siècle de loin, et à mon sens, la principale différence avec le mien est un éloignement vertigineux de la nature et de la simplicité. Dans le but de simplifier la vie des gens grâce à la technique, elle s'est compliquée et les gens ne savent plus vivre simplement. Un exemple tout bête, faire du pain. Je crois savoir que votre siècle a créé pour cela des machines, mais les gens savent-ils encore pétrir un pâton ? Quant à ce que vous me dites de l'argent, je pense que si, on peut toujours voyager sans argent, mais la solidarité entre les gens est moindre et c'est moins facile de se faire héberger pour une nuit. A mon époque, il y avait encore des endroits vierges de toute présence, ce qui me semble compromis dans votre époque de propriété. Les gens de votre siècle devraient essayer de se libérer de la servitude volontaire à la technique, mais peut-être suis-je utopique et rétrograde de vous dire cela. Néanmoins, voilà une excellente cause de révolution!

Le génie est caché en chacun, il faut l'aider à s'exprimer, et toute époque est bonne à cela, heureusement. Ne regrettez donc rien (c'est délétère et inutile!) mais tentez de tirer le meilleur de votre siècle, il en a à revendre!


Bien à vous,

Rimbaud

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