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          Dialogus

Clara et Louise
écrivent à

Arthur Rimbaud


L'alchimiste du verbe


   

Cher Arthur Rimbaud,

Collégiennes, nous avons découvert un de tes poèmes qui s'intitule «Le dormeur du val». Celui-ci nous a beaucoup touchées. Comment as-tu fait pour écrire des poèmes, si jeune? À quel âge as-tu donc commencé à les rédiger?

Nous avons entendu parler des fugues que tu as commises et l'abandon de ta famille, mais pour quelle raison as-tu fait cela?

Ta mère te maltraitait et ton père était souvent absent, mais pourquoi n'as-tu pas réagi? Ta mère était peut-être malheureuse de l'absence de ton père, ne t'es-tu jamais demandé ça?

Nous savons que pour écrire tes poèmes tu avais été encouragé par tous les jeunes professeurs de Charleville, mais est-ce que le public aimait tes poèmes? Et ta mère?

Nous pensons tous les jours à toi et espérons que tu pourras nous répondre rapidement. Au revoir.


Cordialement,

Clara et Louise


Mesdemoiselles,

«Le dormeur du val» me ramène bien longtemps en arrière! L'âge auquel je l'ai écrit semble vous surprendre, mais il n'y a pas d'âge pour sentir la beauté et chercher à l'exprimer! Il est vrai qu'il faut savoir un peu écrire et je pense vraiment que mon goût pour les lettres m'y a aidé, ainsi que la fréquentation des textes antiques et français. Lisez, lisez le plus possible et vous aussi pourrez vous lancer dans la poésie!

Vous avez répondu vous-mêmes à votre seconde question: ma mère était très dure et, comme beaucoup d'adolescents je suppose, je n'aspirais qu'à m'éloigner d'elle et de la médiocrité de ma ville natale. Il est vrai que je n'ai jamais cherché à comprendre les raisons pour lesquelles elle agissait ainsi. Je me dis aujourd'hui que c'était sûrement sa manière, maladroite, certes, de me montrer qu'elle voulait me protéger, mais à quinze ans, on ne réfléchit pas de la sorte. De plus, ma mère n'a jamais apprécié mes poèmes, dont elle n'aimait ni les sujets ni le style. Elle m'a même un jour demandé ce que voulait dire l'un d'entre eux!

Je reçois de plus en plus de lettres et de publications qui me parlent de mes poèmes, donc je suppose que le public, aujourd'hui, apprécie ce que je fais. Mais à l'époque où j'écrivais, je n'avais pas ce succès, loin de là! Cela me conforte dans mon idée que mes contemporains n'étaient pas prêts pour ce que j'avais à leur dire.

Bien à vous,

Rimbaud

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