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          Dialogus

M
écrit à

Arthur Rimbaud


Ivresse


   

Cher Arthur, mon bien cher Arthur,

Votre poésie, hélas! a pénétré ma vie et si j'avoue être plus proche de la nausée que de l'ivresse en suivant les remous des bateaux, il me semble que vous serez l'homme, le jeune homme de ma situation.

Cher Arthur, je suis jeune, et peut-être pas belle, mais instruite. Mais dites-moi: être jeune et se sentir aux lèvres un baiser, est-ce le plus bel âge ou au contraire le plus terrible, pour écrire? Faut-il préférer l'écriture à la passion, la passion à la vie, l'écrit à la prière? Folie et écriture ou sagesse et stylo plume? Comment, vous-mêmes, communiquez-vous avec la page blanche?

Vos conseils, je le sais, seront les plus avisés.

Je vous salue, Arthur.


Mademoiselle,

Veuillez pardonner mon retard, qui n'est dû qu'à un désoeuvrement mortel ici en Harar. Vous me voyez désolé d'avoir pénétré votre vie, croyez bien que c'était là chose involontaire de ma part. Je pense, pour vous répondre, que la jeunesse est chose à la fois merveilleuse et terrible, c'est l'âge où il faut tout oser, sans se restreindre. Et puis écriture, passion, vie et prière ne s'excluent pas forcément, la folie et la plume peuvent aller de pair. La page blanche a été pour moi à la fois un ennemi auquel me colleter et une amie chère sur laquelle m'épancher, même si cela n'a pas duré. Mon conseil ne sera pas très avisé ni très original, mais faites ce dont vous avez envie et, lorsque l'envie s'évanouira, passez à autre chose, sans regrets.

Bien à vous,

Rimbaud

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