Amande Cheyrole
écrit à

   


Arthur Rimbaud

     
   

Influence des poètes

    Cela est bien étrange de vous écrire, mais je suis ravie que vous entreteniez une correspondance avec vos lecteurs même si certains ne supportent pas votre esprit quelque peu corrosif; il me semble pourtant que Barbie et La Belle sont charmantes à la conversation mondaine; alors pourquoi ne pas aller leur rendre visite plutôt qu'au poète flamboyant?

Si je vous écris Monsieur, c'est pour comprendre comment un si jeune homme, tel que vous l'étiez du temps de votre poésie la plus féconde a pu si vite se débarrasser des liens et des influences d'autres poètes; vous avez si vite trouvé votre façon d'écrire, de voir le monde...

J'écris un peu, mais je me trouve toujours assaillie de phrases, de tournures qui ne sont pas de moi; des grands auteurs qui m'empêchent d'assembler les mots naturellement. Pourtant, sans eux, je sais que je n'aurais pas cette foi en l'écriture...

Si je vous fais part de tout cela, c'est que votre écriture se promène parfois dans mes écrits; je relis et je vous vois tant votre oeuvre m'a marquée; si vous saviez comme cela peut être frustrant!

Faudrait donc t-il s'arrêter de lire alors que l'on commence l'écriture? Ou au contraire faut-il lire jusqu'à ce que les écritures des auteurs ne vous atteignent plus, faut-il en être blasé?

Ne serait-ce pas un peu triste, ce devoir d'éloignement des auteurs qui vous font trembler...

Avec la joie de vous lire à nouveau,

Amande Cheylore