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          Dialogus

Marine et Gwenaëlle
écrivent à

Arthur Rimbaud


Gudule


   

Cher Arthur Rimbaud,

Nous sommes des élèves de sixième au Collège Lucien Goubert de Flamanville et nous voudrions vous connaître un peu plus et savoir quelle est votre histoire.

Vous avez écrit beaucoup de poèmes dans votre adolescence et cela nous impressionne beaucoup et nous nous demandons comment vous avez fait pour écrire des poèmes aussi beaux. Nous nous demandons aussi comment vous est venue l'idée d'écrire des poèmes. Nous aimerions enfin vous demander pourquoi vous avez arrêté d'écrire car vous écriviez de très beaux poèmes. Nous avons lu «La bibliothécaire» de Gudule et avons vu que vos sœurs étaient très gentilles avec vous et cela nous a beaucoup touchées. Mais pourquoi votre mère était-elle si dure? Pourquoi, pendant la Commune de Paris, essayiez-vous de trouver des poètes sans relâche?

Nous espérons que vous nous répondrez vite.

Au revoir et merci d'avance,

Marine et Gwenaëlle


Mesdemoiselles,

Je ne connais pas «La bibliothécaire» de Gudule, mais j'aimerais beaucoup connaître cette personne qui parle de mes sœurs ainsi! Vitalie et Isabelle ont toujours été gentilles avec moi, mais elles étaient aussi bien plus jeunes, et nous n'avions pas tant de choses en commun que cela. Ma mère était dure parce que les mères étaient dures à l'époque, qu'elle voulait me couler dans le moule de la bourgeoisie de Charleville et que mes révoltes de jeune homme la mettaient hors d'elle. Aujourd'hui, je la comprends un peu mieux, même si je la trouvais insupportable quand j'avais quinze ans: n'oubliez pas qu'elle m'élevait seule, parce que mon père avait disparu, ce qui était une situation très difficile à vivre à l'époque.

J'ai écrit des poèmes parce que la puissance de la poésie me paraissait seule capable de m'extraire du monde de médiocrité dans lequel je vivais. Et j'ai mis un terme à l'écriture lorsque j'ai compris que mes contemporains n'étaient pas prêts à entendre ce que j'avais à leur dire, et lorsque j'ai compris aussi la vanité de l'écriture: il faut vivre, aussi, gagner son pain, et si l'écriture ne le permet pas, eh bien, il faut l'abandonner.

Quant à votre dernière question, je suis allé à Paris parce que c'est là que tout se passe, que lorsqu'on est un poète débutant, il faut bien trouver des appuis, et qui mieux qu'un poète pourrait soutenir un autre poète? Voilà pourquoi je cherchais les poètes parisiens, pour qu'ils m'ouvrent leur porte et celles des salons littéraires; hélas! je n'ai trouvé que frilosité et satisfaction écœurante, sauf chez Verlaine, qui devait plus tard m'accueillir avec une grande générosité.

Bien à vous,

Rimbaud

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