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          Dialogus

Constance
écrit à

Arthur Rimbaud


Fugue en Arthur majeur


   

Cher Arthur Rimbaud,

Je suis actuellement à Beaucamps, d'où je vous écris cette lettre dans le cadre d'un projet de français. Vous avez dû vous en douter, je suis une élève. Je vous écris à vous car vous avez une vie très particulière qui m'intrigue beaucoup. Je ne sais si je puis vous poser les questions qui me tourmentent et qui vous rappelleront peut-être de douloureux souvenirs.

Tout premièrement, j'aimerais vous demander comment vous avez vécu votre détention à Mazas. Cela devait être horrible d'être enfermé tout le temps mais vous avez quand même eu de la chance que votre professeur Georges Izambard ait payé votre dette! Je voudrais également vous demander ceci: quand vous avez fugué pour la première fois, quels sentiments avez-vous éprouvés? De la liberté?

L'année dernière j'ai étudié votre poème «Le buffet» et je me demandais comment vous aviez trouvé votre inspiration: dans une salle à manger? Dans une cuisine? Dans un salon? J'admire beaucoup vos poèmes et je les trouve très beaux.

Je vous souhaite une bonne fin d'année, en attendant impatiemment votre réponse.

Bien à vous,

C.


Mademoiselle,

Votre première question me rappelle en effet des souvenirs douloureux: comment pourrait-il en être autrement, lorsque vous avez seize ans et êtes mis en prison pour n'avoir pas eu de quoi payer votre billet de chemin de fer et être mineur? Entre l'injustice et les conditions de vie épouvantables dans ces prisons, j'ai beaucoup souffert, et je rends grâce, comme vous, à mon cher Izambard. Vous comprendrez aisément que les fugues étaient synonymes de liberté: liberté d'aller et venir, liberté de dormir et de manger quand je voulais, ce que je pouvais. Après le silence et la peur chez moi, quelle ivresse!

Votre question sur «Le buffet» me laisse perplexe: je ne sais plus si j'ai pris un «modèle» pour ce sonnet, qui peut aussi bien évoquer la présence solide d'un ancêtre, ou rappeler un poème de Baudelaire. Et après tout, qu'importe?

Bien à vous,

Rimbaud

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