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Bénédicte
écrit à

Arthur Rimbaud


Courant littéraire


    Cher monsieur Rimbaud,

Je me permets de vous écrire car je me pose deux questions à votre sujet. Tout d'abord, il apparaît difficile de vous classer dans un mouvement littéraire, plusieurs courants sont cités et personne n'est vraiment d'accord. Je vous demande donc à quel mouvement vous appartenez car seule votre réponse pourra être définitive! Ensuite, j'étudie actuellement «Les ponts» de votre recueil Illuminations, auriez-vous quelque chose à me dire sur ce poème? Est-ce vrai que Monsieur Verlaine a choisi le nom d'«Illuminations»?

Je me réjouis d'avance de lire votre réponse. Avec mes plus sincères remerciements,

Bénédicte


Chère Mademoiselle,

Je n'ai jamais aimé appartenir à qui ou à quoi que ce fût, alors à un courant littéraire, pensez donc! Néanmoins, au cours de ma jeunesse, j'ai espéré être reçu parmi les Parnassiens, que j'ai accablés de poèmes. Vous pouvez donc, si vous tenez vraiment à me ranger quelque part, mettre mes premiers textes dans le courant parnassien. Mais par la suite, j'ai estimé ce mouvement limité, et suis passé à autre chose, qui ne portait alors pas de nom: la poésie «voyante», peut-être... L'avenir lui a sans doute donné un nom, il adore nommer et ainsi figer
les choses. Pour votre deuxième question, excusez-moi de ne pas avoir de réponse à vous donner: tout d'abord, je n'ai pas mes manuscrits avec moi et me souviens imparfaitement
des «Ponts». D'autre part, je pense que votre lecture en sera d'autant plus enrichissante qu'elle sera plus personnelle, non? Pour le titre, Verlaine n'a pas vraiment choisi le nom d'
Illuminations, qui était l'un de ceux auquel je pensais pour l'ensemble de texte auquel vous faites allusion. Il l'a simplement mis en tête de liste.

Bien à vous,

Rimbaud

Cher Monsieur Rimbaud,

Tout d'abord merci beaucoup pour la rapidité avec laquelle vous avez répondu à mon courrier. Je suis fort satisfaite de savoir à présent que le Parnasse vous tient à coeur. Je trouve également que ce mouvement est bien plus plaisant que le romantisme poussé à l'excès de certains poètes.

Il y a bien une question que j'aimerais vous poser, toutefois je comprendrai parfaitement si vous n'avez pas envie de voir ressurgir des souvenirs douloureux. Je me demande comment Monsieur Verlaine en est arrivé à vous blesser alors que vos rapports semblaient plutôt amicaux?

Au plaisir de vous lire bientôt,

Bénédicte


Chère Mademoiselle,

Je tiens juste à préciser que le Parnasse me TENAIT à coeur, mais que je suis passé à autre chose. Pour ce qui est du romantisme, je suis de votre avis. Les questions sur ma relation
avec Verlaine sont effectivement monnaie courante chez mes correspondants... Disons que Verlaine n'a pas supporté que je souhaitasse m'en aller, et que, l'alcool aidant, il en est venu
à ce geste malheureux.


Bien à vous,

Rimbaud


Cher Monsieur Rimbaud,

Une fois encore merci pour votre réponse.

J'espère ne pas me tromper en affirmant que vous n'avez écrit que de la poésie. Pourquoi s'en tenir à un seul genre littéraire (ou en tout cas majoritairement)? Que trouvez-vous dans la poésie, que recherchez-vous?

Au plaisir de vous lire bientôt,

Bénédicte


Chère Mademoiselle,

Pourquoi la poésie? Vaste question... Il est vrai que c'est ce que je préfère, bien que plus jeune, j'aie écrit une pochade en prose intitulée «Un coeur sous une soutane», que je crois encore enterrée dans mes papiers chez ma mère. La limite des formes autres que la poésie (roman, conte, théâtre même...) c'est qu'elles se doivent d'être plus ou moins réalistes; or, calquer le réel ne m'a jamais intéressé, je préfère le transfigurer et voir des mosquées à la place des églises... Seule la poésie, en vers et surtout en prose, le permet vraiment et m'a apporté la liberté que je souhaite et recherche sous une autre forme aujourd'hui.

Bien à vous,

Rimbaud
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