Retour en page d'accueil de
          Dialogus

Alice
écrit à

Arthur Rimbaud


Correspondance épistolaire


   

Beaucamps-Ligny, le dimanche 25 octobre 2015
   

Très cher poète,

Je me présente, je m’appelle Alice et j’ai treize ans. Je suis au collège dans la commune de Beaucamps-Ligny, dans le nord de la France. Avec notre professeur de français, nous étudions la correspondance épistolaire. Dans ce cadre, j’ai très envie de mieux connaître un poète très célèbre! Puis-je me permettre de vous poser quelques questions sur votre vie et vos écrits?

Ce n’est pas facile d’écrire une lettre, comment faites-vous? Comment vous vient cette inspiration? Vos poèmes sont si bien rédigés! Pourquoi mes poèmes ne ressemblent-ils pas aux vôtres? Parce que moi aussi j’en écris et je sais à quel point l’inspiration est parfois difficile à trouver ! Accepteriez-vous de me donner quelques conseils ?

J’ai cru comprendre que vos relations familiales étaient distantes. Mais vous étiez proche de la petite dernière de votre fratrie, Vitalie. Écrivait-elle aussi ? Et pourquoi n’avez-vous pas connu votre père ?

Vous avez commencé à écrire jeune, moi aussi je suis jeune, je n’ai que treize ans. Mais vous étiez un véritable génie, Arthur! Vos poèmes m’ont ensorcelée! Vous en écriviez de toutes sortes, des courts, comme «L’étoile a pleuré rose…» mais aussi de très longs, comme «Le bateau ivre» qui est aussi connu que «Le cabaret vert». La taille de vos poèmes dépendait-elle de votre humeur?

Loin de vouloir m’immiscer dans votre vie privée, je suis néanmoins très curieuse de votre relation avec Verlaine. Pourquoi cet homme (très talentueux)? Et que vous a-t-il apporté?

J’espère sincèrement que mes questions ne vous offusqueront pas et que vous accepterez de correspondre avec moi.      

À vous lire,

Alice.



Mademoiselle,

Quelle pluie de questions dans l'aridité de mon désert! Je vais essayer de répondre à toutes, mais soyez indulgente si d'aventure j'en omettais une.

Pour commencer, on n'écrit pas une lettre comme un poème! Une lettre répond à une urgence, à un besoin, une demande, alors qu'un poème me vient «comme ça», suivant l'inspiration apportée par un lieu, une vision. Après, il s'agit de mettre en mots cette inspiration, et pour cela, pas de meilleure école que la fréquentation des meilleurs poètes -dans lesquels je n'ai pas la prétention de me compter, mais au nombre desquels je mettrais Hugo et Baudelaire, sans nul doute. Et en effet, la longueur des poèmes dépend de l'humeur du moment, mais aussi de ce que l'on a à dire, de la forme du texte que l'on privilégie...

Pour vos questions plus familiales, je n'ai pas connu mon père qui est parti sous d'autres cieux et n'est jamais revenu. Quant à ma sœur Vitalie (pas la petite dernière, place dévolue à Isabelle), que j'aimais beaucoup, je sais qu'elle a écrit quelques poèmes, peut-être un peu classiques à mon goût. Sa mort m'a beaucoup touché.

Pour finir sur Verlaine, c'était, comme vous le dites, un homme très talentueux, qui m'a permis de connaître le monde des lettres parisien en m'acceptant chez lui. Il n'a peut-être pas eu le courage d'aller jusqu'au bout, mais je lui serai éternellement reconnaissant de ce qu'il a fait pour moi, en dépit de son malheureux geste sur la fin de notre relation.

Bien à vous,

Rimbaud

************************Fin de
        page************************