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Nathanaël
écrit à

Arthur Rimbaud


Bonjour


   

Arthur Rimbaud,


Vos poèmes sont d'une beauté! Mais, dites-moi, à quel âge les avez-vous publiés et quand ont-ils connu du succès? Vous avez eu une vie qui n'a pas été de tout repos: j'ai un le livre qui raconte votre histoire («Arthur Rimbaud, le voleur de feu» de Sarah Cohen Scali) et elle y raconte que vous avez fait des fugues, etc. D'ailleurs, en parlant de fugues, Charleville était-elle vraiment aussi pathétique? En lisant le livre, j'avais l'impression d'y être et de m'y ennuyer.

Est-ce que vous avez été heureux quand vous avez rencontré Paul Verlaine? Que vous a-t-il apporté? Vous a-t-il aidé pour vos poèmes et vice versa?

Sur ce, Arthur Rimbaud, adieu. Car le temps qu'on perd à lire une missive n'aura jamais valu la peine que l'on l'écrive.


Cordialement,

Nathanaël

P.-S.: votre cher ami, Paul Verlaine, a écrit ça dans «La Lettre».


Cher monsieur,


Si vous avez lu une biographie de moi (romancée, je suppose), vous avez dû lire que mes poèmes ont été publiés fort tard, et que je n'ai vu imprimé qu'«Une saison en enfer», en 1873 ou 74. Les autres ont été compilés, mis en page, etc, sans toujours mon autorisation, bien plus tard. J'avais même demandé que certaines œuvres de jeunesse soient brûlées, voyez comme on m'a écouté!

Oui, Charleville était une ville démoralisante en diable, c'est pourquoi je suis allé à Paris, où j'ai rencontré Verlaine. Nous avons eu une vie riche tous les deux, mais je ne suis pas sûr que vous et moi ayons la même définition du bonheur. Nous écrivions tous deux et nous nous nourrissions certainement l'un de l'autre, mais il ne s'agissait en aucun cas d'un bonheur serein, calme et plat. Cette histoire s'est d'ailleurs bien mal terminée, Verlaine aspirant à cette paix qui pour moi reste à jamais associée à une forme de bourgeoisie plan-plan.


Bien à vous,

Rimbaud

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