Aux semelles de vent
       

       
         
         

Enlil

      Je te salue de toute éternité toi le maudit, toi le grand poète. Je voudrais déjà te dire toute l'admiration que j'ai pour ton oeuvre; que ce soit tes écrits, tes engagements, tes errances et tes malheureuses rencontres. J'admire particulièrement ta démarche lors la Commune, ainsi que ton action dans le cercle «zutique».

Je recherche mon état primitif de fils du soleil, (comme tu as peut-être tenté de le faire, je ne sais pas) mais il y a une question à laquelle je voudrais bien que tu répondes s'il te plaît.

Alors voilà, comme tout le monde tu as été très confronté à l'hypocrisie mensongère de l'Église catholique et tu l'as dénoncée et combattue avec tes armes et à ta manière, mais je ne comprends pas alors pourquoi, une fois en Afrique tu t'es converti à l'lslam, cette religion qui finalement, comme toutes les religions monothéistes, véhicule les mêmes idées que celles que tu as dénoncées dans le catholicisme?

Merci de me répondre; et puisse ta vie de repos n'être que folies douces.

Très sincèrement,

Enlil

 

       
         

Arthur Rimbaud

      Cher Monsieur,

Qui a parlé de conversion? Vous allez un peu vite en besogne. Certes, je me suis intéressé au Coran et à l'Islam. J'aime la sérénité et le fatalisme des musulmans. J'ai appris et pratiqué leurs coutumes, ce qui est très utile, voire indispensable quand on fait du commerce dans ces régions-là. Question de diplomatie. Je suis même devenu propagandiste, mais mon interprétation plutôt personnelle du Coran m'a valu une sacrée correction qui me laisse un souvenir plutôt douloureux.

À côté de cela, j'ai pu constater le dévouement des religieux de la mission catholique face à toute la misère humaine. Je pense qu'il y a du bon à prendre dans chaque religion, pour peu qu'elle aide à révéler ce que l'être humain peut avoir de meilleur en lui. Mais je tiens trop à ma liberté pour me laisser coller des étiquettes sur le dos, et il semble que la postérité ne s'en soit pas privé!

Salutations,

Rimbaud