Émilie
écrit à

   


Arthur Rimbaud

     
   

AngelRimbe

    Mon Ange,

Bien que tu ne sois plus ici depuis longtemps, je t'aime et je t'admire... Je ne sais pas très bien si je te parle en ce moment même... Oui je te parle, je te parle avec mon coeur et mon âme car je sais qu'un jour elles se trouveront, nos deux âmes... Je me fiche de ton homosexualité, le principal c'est que tu n'as pas eu honte, jamais! Ça n'a pas du être facile mais je respecte ça. Tu as toujours été toi-même. Verlaine t'a aimé pour ça, je t'aime pour ça... Si tu me vois d'où tu es, tu peux admirer l'amour que je te porte et je sais qu'un jour nous nous rencontrerons... Rimbe, tu es mon Éternité et je t'aime.

Émilie alias AngelRimbe



Mademoiselle,

Je ne suis pas un ange, ni une éternité. Encore moins un mythe. Votre idolâtrie me navre. Car c'est bien de cela qu'il s'agit. Vous résumez ma vie à quelques années tumultueuses de mon adolescence, en faisant complète abstraction de l'homme que je suis devenu. Je n'ai rien à voir avec le jeune homme que vous décrivez. Mon aventure avec Verlaine ne fait pas non plus de moi un homosexuel, c'est de la récupération et une belle foutaise! Si vous pensez ainsi, c'est que vous n'avez absolument rien compris à mon cheminement intellectuel de poète, et que tout ce que j'ai dit et expliqué jusqu'à présent l'a été en vain.

Vous ne voyez en moi que ce que vous voulez bien y voir, que ce qui vous arrange, comme tant d'autres. Comment peut-on en arriver à une pareille négation de ma réalité? Laissez-moi en paix, c'est tout ce que je désire.

Rimbaud