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Lana
écrit à

Arthur Rimbaud


À...


    À propos du «Ça ne veut pas rien dire», avez-vous voulu dire également: «Ceux qui disent que c'est abscons sont la dernière syllabe de celui-ci»?
 
Votre liseuse.


Chère mademoiselle,

À l'époque, j'avais en effet l'injure facile, et j'aurais pu dire cela à certaines personnes, oui. Mais plus simplement, j'ai voulu expliquer que je ne me contentais pas d'aligner des mots qui sonnaient bien.

Bien à vous,

Rimbaud


Salutation, monsieur Rimbaud,

Visez un peu, c'est drolatique:

«Une paire de libellules,

Macule le dytique,

Conspuent et hululent,

‘Si j’ose’, Mon distique.
 
Celle-ci, se carre en cellule,

Ballonnant son Q étique,

Et celle-la, de tares pullule

Se blouse en une E. lalie (Sic)
».

(Eulalie)

P.S. Pourquoi parlé-je en vers, tout rime quand je parle, avec ma famille, mes amis (es)?

Parfois, j'ai le derme d'une poularde... j'ai peur!

Aimablement,

Lana


Chère mademoiselle,

Merci pour ces quelques vers, drolatiques en effet. Puis-je jouer les cuistres maniaques? Il faudrait accorder de la même façon vos trois verbes dans votre premier quatrain. Ne tremblez pas, votre maladie n'a rien d'incurable et le monde qui ne rime à rien a bien besoin d'harmonie!

Bien à vous,

Rimbaud


Salutations nipponnes, cher monsieur Rimbaud!

Il faudrait accorder de la même façon vos trois verbes dans votre premier quatrain, me disiez-vous.



Et si vous me montreriez? Allez, je sais que vous êtes un «cœuré» (homme de cœur). Lippe étirée… sourire.

En fait, il y a une immense différence entre «orateur» et «écrivain». 

Je dépose mes nymphes sur vos pommettes.

Bises. 

Lana.


Quand ces mous de Panurge, la bave aux commissures,
En meute vengeresse, ivres de vanité
Réclamant leur obole et de leur droit si sûrs
Nous abreuvent un peu plus de leurs cris affectés

Quand s'enflent le courroux, les haines ordinaires
Faut-il par atavisme, hurler avec les loups?
Ou bien, raison gardant, posément s'y soustraire
Le choix parait aisé à la vue de ces fous.

Je reste quant à moi en marge de l'ennui
À me faire l'avocat d'un diable prétendu
Indépendant et sourd quand sonne l'hallali
Et fuyant les vautours qui réclament leur dû

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P.S. : monsieur Rimbaud, je vous prie de bien vouloir me corriger, analyser mon écrit. Une critique détaillée, je vous adjure, j’en ai besoin!

Mes remerciements anticipés!

En fait, je m’excuse pour la faute commise par inadvertance lors de ma première réponse: « Montreriez. »

J’aurais dû écrire: «… Et si vous me montrez» ou «et si vous me montrez» tout bonnement.

Je vous bise, monsieur!

Lana.


Chère mademoiselle,

La préciosité de vos syntagmes apologue quelques solécismes véniels...

Différence il y a, fors la déclamation que j'ai goûtée en mon temps. Ce jourd'hui, ma langue aspire au repos.

Bien à vous,

Rimbaud


Un pédant, un véritable cuistre vous êtes, monsieur. Vous maîtrisez votre langue, mais uniquement cela!N’omettez que Molière ne savait pas écrire, nonobstant, il avait des idées. 

J’espérais de vous un écrit ceint, une ode, une laie, un sonnet! Les critiques sont comme des eunuques, dit-on.

Bises!

P.S.: suis avec vous, mon écrit n'était pas vraiment sublime, j'en conviens.


Chère Lana,

Peut-être me permettrez vous d'utiliser votre prénom, à présent que je vous connais un peu mieux par vos mots. Veuillez excuser ma lettre précédente, j'ai cru avoir affaire à un nouveau cuistre imbécile: vos vers montrent que vous êtes au moins dotée de sensibilité. Je ne me sens pas l'autorité nécessaire pour critiquer vos écrits, que j'ai trouvés très stimulants et solides; cependant, je vous glisse quelques suggestions:

Je parlerais plus de mimétisme que d'atavisme, je rajouterais quelques points d'interrogation (mais il paraît que la poésie qui m'a suivi a dédaigné ces accessoires, peut-être êtes-vous de votre temps?), et terminerais par «Et je fuis» plutôt que «et fuyant». Les images sont fortes, ne changez rien.

Quant à votre appréciation de ma pauvre Ophélie, j'implore votre indulgence: j'avais seize ans... Il y a des années que je n'ai pas revu ce texte, et vous m'avez entraîné dans de sombres réminiscences. Merci néanmoins pour vos textes qui m'avaient précédemment ravi.

Bien à vous,

Rimbaud


Les nénuphars froissés soupirent autour d'elle;
Elle éveille parfois, dans un aune qui dort,
Quelque nid, d'où s'échappe un petit frisson d'aile:
- Un chant mystérieux tombe des astres d'or


II
Ce quatrain était si splendidement rédigé... Mais les autres, non!

Bonjour, monsieur.

Chère Lana,

Je viens de prendre connaissance de votre dernière lettre (heureusement que les nouvelles vont vite dans ce pays!) et suis bien marri de vous avoir offensée. Vous n'êtes pas sans savoir que le désert a rouillé ma plume et que je serais bien en peine de vous improviser ode, lai ou odelette. Je me suis précédemment expliqué du ton contraint du message qui vous a blessée.

Pour ce qui est de votre texte, je reconnais l'énergie débordante qui l'anime, mais de grâce, ne l'éparpillez pas! Vous me sembliez valoir mieux que cette série d'insultes pour la plupart gratuites. À moins que vous n'ambitionniez de figurer dans l'album zutique?

Bien à vous,

Rimbaud


Celle dont le nom commence par une nuance dissemblable à l’ébène… ma maman.

Il est quasi patent que j'y goûte,
À novo, une autre maudite maussaderie,
Et nûment, de mon front, ça dégoutte,
Maintes craintes -d'un jamais cœur drille.
Pourquoi n'ai-je pu occire ce qui dégoûte
Autrui? Cette vérité, qui derechef me grille,
Je perds et me perds dans la sente qui coûte,
Et me voici tel un saule, cintré et pleurard, je prie…

Monsieur Rimbaud, ces huit traits étaient pour celle qui me porta neuf lunes en ses épigastres.

Monsieur, je vous épanche une confidence qui me crame l'âme: le sein senestre que j'ai jadis tété, n'est plus là où il était.

Veuillez m'absoudre pour les invectives émises de ma part, j'avais le cœur en ire.

Notez

Bien

Et n'ôtez

Rien: il me faudrait des olés (encouragements), afin de poursuivre mon pugilat (la vie), car pus gît là… en ce monde immonde.

 
Lana, qui espère davantage confabuler d'avec vous.

Chère Lana,

Je vous absous bien volontiers, et vous renouvelle mes encouragements dans votre exploration langagière. Votre huitain est intéressant, néanmoins me permettez-vous une remarque? Que l'émotion ne vous dépouille pas de votre inspiration: la première rime est trop nue à mon goût.

Savez-vous que votre confidence m'a ramené en pensée à Charlestown? Aurais-je tant de douleur pour ma mère? L'âge et la distance aidant, je crois que nous avons plus communiqué depuis mon départ qu'au cours des années passées en France, étrange, non?

Au plaisir de vous lire,

Bien à vous,

Rimbaud


Cher Arthur, le ricin est devenu frêne!

J’ai vue la biquette encorner le bélier… en cette terre, et en cette ère qui m’écœure le coeur!

Cette époque épouvante, elle fait le bonheur des clabauds! De les fréquenter a blanchi ma tif… On m’a surnommée La fille de hélas !

Oui, tant qui ont adhéré à une confrérie,

ruissellent de péchés,

lors même que le chapelet ne quitte point leur cou,

ils ne te tuent ni te sauvent, toutes leurs vannes fuient… Je me susurre:

« Dieu de bonté, qui fais éclater la justice, sans même que j’aie besoin d’ouvrir la bouche, fais que du méchant le jour arrive».

Étrange égale différent donc agréable… Cher Arthur, «pourquoi vous sens-je un beau songe? »... Me le marmonnais-je, et me le marmonné-je en poussant un long han!

-Vous êtes né le 20 octobre 1854 -Pourquoi?
 

Tendrement,

Lana.

Chère Lana,

Je ne sais que vous répondre au lu de votre lettre bien morose. Je ne suis pas surpris de ce que vous dites de votre époque, il y a beau temps que l'âme humaine ne m'illusionne plus; voilà pourquoi le désert m'apporte sinon la paix, du moins le silence et la solitude, et encore... Moins que je ne l'aurais souhaité. Mon époque m'écœurait et je n'espérais aucun progrès bien que l'appelant de mes vœux. Quant aux hypocrites leur chapelet aux pinces, là aussi j'ai connu la Bête et suis dessillé. Mais ils ne m'ont pas vaincu, ne les laissez pas vous vaincre.

Bien sûr que nous faisons un beau songe tous les deux, comment communiquer par delà les âges?  Je suis né en 1854 pour la même raison qui vous a fait naître en 19**... Mais je trouve stimulants ces échanges oniriques, peut-être parce qu'ils le sont justement.

Bien à vous,

Rimbaud

Dix traits si lénifiants… Merci!

Votre douleur est tellement térébrante, vos dictions le corroborent. La mienne itou!

Cher Arthur, avez-vous cru en l’omnipotent (Dieu)? Moi, franchement, je le sens! Il est au-dessus de toutes ces sornettes que je compulse ça et là -dans les trois lois: la juive, la chrétienne et la musulmane. Toutefois, j’aime Yeshouwa (Jésus) autant que personne farcie d’amour!

Lana.

Chère mademoiselle,

Mes réponses sont courtes, justement, parce que j'aime la vie et souhaite profiter de celle que j'ai ici, aussi étroite soit-elle; or, aujourd'hui, ma vie ne passe plus- autant- par l'écriture. Pour ce qui est de votre deuxième question, Dieu merci, j'espère ne pas avoir à mourir tout de suite! Néanmoins, j'aime assez les alternatives que vous me proposez: peut-être en effet la mort seule, dans son silence assourdissant, détient-elle les mots que j'ai cherchés. Mais il ne s'agit pas d'un absolu pour moi, plutôt d'une éternité qui n'est malheureusement pas une solution.

Veuillez croire, mademoiselle, en mon respect réciproque, et recevez mes encouragements dans votre quête poétique. La tâche est rude, et doit l'être encore plus à votre époque: la modernité joue de mauvais tours aux poètes!

Bien à vous,

Rimbaud


Un adieu... aurait été souhaitable!

Lana.

Chère Lana,

Adieu donc, mais croyez en mon incompréhension totale!

Bien à vous,

Rimbaud

Je me croyais sciante, voire chiante, vu votre silence!

Vous étiez submergé sans la silhouette d'un doute! Et moi,  j'étais si impatiente de vous parcourir.

Seriez-vous capable de pardonner…

À mon petit coeur?

Lana

 Chère Lana,

Je suis rassuré de vous retrouver. Je me voyais ayant commis un impair, mais ignorant absolument lequel. Veuillez excuser mon retard, comme je vous pardonne votre impatience.

Au plaisir de vous lire.

Bien à vous,

Rimbaud

Cher Rimbaud,

Le pli s’est envolé à tire-d’aile (Gloussement).

En fait, et pour être honnête, je tenais mordicus à ce que vous le compulsiez.
-Cillement-

Vous êtes mon seul ami dans l’agréable-félonne, je veux dire: la vie.

Oui, suis journaliste âgée de six lustres, et quelques lunes comme témoins de ces derniers. 

Et… Non, je suis celle qui se contente d’un rien et non… Celle qui ne se contente de rien.

Affectueusement,

Lana


Chère Lana,

Quelle agréable surprise de rencontrer deux êtres où l'on n'en espérait qu'un! Si mes lettres ont pu parfois vous sembler trop simples pour ne pas dire simplistes, veuillez m'en rendre responsable et excuser le manque d'entraînement que j'ai aujourd'hui dans le maniement des mots. Continuez à exiger.

Bien à vous,

Rimbaud


Lana

Serai parmi vous, incessamment, cher Arthur.

Me souhaitez-vous la bienvenue en votre maisonnée? Sourire.
 
Votre amie,

Lana.


Lana

Oui, Arthur? Sourire.

À tantôt...


Chère Lana,

Bienvenue, vous savez que vous l'êtes. Me direz-vous où vous trouver?

Bien à vous,

Rimbaud


Suis bien chiffonnée de lire nos conversations sur Dialogus que j’espérais des tête-à-tête. Quant à mes huitains,  peut m’en chaut!

Je pourrais aussi vous blâmer, hein, très cher ami! Allez, je vous pardonne!

Vous connaissez mon petit nom, et je ne connais le vôtre. Désormais, j’incarne Satan.

Tzatanâ.

P.S.: Est-ce pour me donner des fessées, et est-ce pour votre ego que vous l’avez fait?


Quelques gouttes jalouses, la pluie s'est invitée,
Posent un rideau perlé à ma fenêtre close
Une mouche un peu molle fait semblant de voler
Des miettes de chaleur chaque fois qu'elle se pose

Dans la coupe de fruits, un brugnon, deux oranges
Chuchotent leurs parfums comme de lourds aveux
Des fraîcheurs oubliées mouillent d'un gris étrange
Un ciel d'ecchymoses encore couvert de bleu

Juillet n'en finit plus de se tromper de route
À se faire payer ces nocturnes créances
L'avance pour le show, le prix du coming-Août

J'ai mis mon coeur à l'ombre et mon corps en vacances
Attendant ton retour, mon tour coûte que coûte
Le soleil n'a brillé que par ta longue absence.

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De la cour des minables à cours de dévotions
À celle de la reine «Pète Haut» Tudieu la promotion
Pour unique devise «Un pour tous, tous purin»
Sourires niais en coin et sournois visages chafouins.

On y croise pêle-mêle des hyènes fausses sceptiques
Se pavanant et médisant au bord des fosses septiques
Bécasses paons et même un vautour à tête déplumée
Coucou magnifique phacochère en mal de renommée.

Maître incontesté du «plonkage» et des «listes noires»
Beau zhéro pointé bouffon zélote et raciste notoire
Bonjour l'humour gras graveleux et hélas salace
Pour s'attirer les bonnes grâces de la populace.

Il s’essaye au jeu de l’esprit en vain nul n'est dupe
Pourvu d'humour autant qu'une vache en mini-jupe
Pardon noble bovin ce «pis à lait» bien malveillant
Oser te comparer à cet âne bâté revenu du néant.

Icelui cuistre «Arthur Rimbaud» du «Cul Cul Qlan» pilleurs de photos
À l'insu des naïades ondines et autres travelos
Il se crée sa galerie d'art, ce minable braillard
Pour s'adonner au culte d'Onan l'œil égrillard.

Bouffons n'existant qu'à travers les autres,

Tartarins de pacotille jouant les bons apôtres
Il se la joue pit-bulls, menace et vocifère
Pauvre caniche chiens-chiens à sa mémère.

Jocrisses Fesses-Matthieu aigris bouffis de haine
Ils sèment au gré des «fils» leurs étrons et drainent
La fragrance de leur parfum favori: «fleur d'anus»
Faux-culs hypocrites serviles jouant les Janus!


Chère Lana,

Que voulez-vous dire? Je n'ai nul désir mesquin, mais vous connaissiez les règles du jeu en m'écrivant et saviez sans doute que l'intimité nous est interdite, à nous autres «célébrités»: c'est semble-t-il le prix à payer pour notre intemporalité. Je vais néanmoins faire le nécessaire pour que vos mots restent dans l'ombre.

Bien à vous,

Rimbaud


Je vous remercie, monsieur, du fond du cœur.

SATAN


Cher?

Croyez bien que je ne manquerai pas de vous écrire à votre nouvelle adresse, même si ma Saison en Enfer ne m'a pas laissé que de bons souvenirs.

Bien à vous.

Rimbaud


Je vous crois, et sachez que je saurai oblitérer vos lancinants souvenirs.
 
 Elshaîtan.



Chère Lana,

Peut-être me permettrez-vous d'utiliser votre prénom, à présent que je vous connais un peu mieux par vos mots. Veuillez excuser ma lettre précédente, j'ai cru avoir affaire à un nouveau cuistre imbécile: vos vers montrent que vous êtes au moins dotée de sensibilité. Je ne me sens pas l'autorité nécessaire pour critiquer vos écrits, que j'ai trouvés très stimulants et solides. Cependant, je vous glisse quelques suggestions:

Dans le premier, je parlerais plus de mimétisme que d'atavisme, je rajouterais quelques points d'interrogation (mais il paraît que la poésie qui m'a suivi a dédaigné ces accessoires, peut-être êtes-vous de votre temps), et je terminerais par «Et je fuis» plutôt que «Et fuyant». Les images sont fortes, ne changez rien.

Le second me semble très «baudelairien», et j'aurais accentué l'idée des correspondances entre les sens. J'aurais mis aussi «la pluie s'est invitée» entre tirets (j'ai toujours aimé ces parenthèses qui lient plus qu'elles ne séparent). Votre «brugnon» est insolite et plaît. J'aime particulièrement le dernier vers.

Quant à votre appréciation de ma pauvre Ophélie, j'implore votre indulgence: j'avais seize ans. Je n'ai pas revu ce texte depuis des années, et vous m'avez entraîné dans de sombres réminiscences. Merci néanmoins pour vos textes qui m'avaient précédemment ravi.

Bien à vous,

Rimbaud
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