Lettre d'acceptation
d'Arthur Rimbaud
       

       
         
         

Arthur Rimbaud

      Harar, septembre 1890

Chère Utopia,

Merci de l’intérêt que vous portez à ma personne, en dépit du temps qui nous sépare...

Je suis, ou plutôt j’étais homme de lettres, bien que je me sois efforcé d’oublier ces errements de jeunesse dans les sables d’Abyssinie, qui ont comblé mon besoin d’évasion. J’ai entendu dire qu’on imprimait aujourd'hui mes textes, que d’aucuns ont eu la bonté de trouver à leur goût: grand bien leur fasse!

Pour moi, j’ai d’autres préoccupations, autrement plus sérieuses aujourd’hui. J'ai du même coup rompu un peu avec mon passé, notamment mon ami Paul Verlaine, qui, depuis qu’il pose avec son chapelet aux pinces m’est devenu très étranger. Je préfère passer sous silence notre amitié passée, compte tenu de la curiosité malsaine qu’elle n’a cessé de susciter…

Je suis néanmoins tout disposé à évoquer ce passé avec vous ou avec toute autre personne susceptible de s’y intéresser: les divertissements sont rares sous ces latitudes et l'échange épistolaire que vous me proposez me permettra de ne pas tourner tout à fait au sauvage.

Veuillez recevoir mes hommages empressés,

A. Rimbaud.