Violence gratuite dans le hockey
       

       
         
         

Stéphane Michaud

      Salut Maurice,

Je m'excuse de te tutoyer, mais les médias t'ont rendu si familier que je me sentirais mal à l'aise de t'appeler monsieur. Pardonne-moi donc cette familiarité.

J'aimerais avoir ton avis sur un point: la fameuse violence (de plus en plus gratuite) qui corrompt notre sport national.

Je crois te connaître assez. Tu es un modèle pour les hockeyeurs modernes qui devraient prendre exemple sur toi en ce qui a trait à la «vraie» raison de jouer au hockey: la fougue, le désir de vaincre, la passion. Aujourd'hui, les joueurs s'assoient dans les gradins tant et aussi longtemps qu'ils n'ont pas décroché le lucratif contrat qui leur convient. Bonjour la passion!

La violence était aussi très présente dans ton temps (n'as-tu pas déjà toi-même asséné un coup de poing dans la face d'un arbitre?). Comprenons- nous bien, le hockey est un sport robuste et je n'ai rien contre ce fait. Cependant, je m'inquiète de la récente recrudescence des coups vicieux gratuits et dangereux. Pourquoi les joueurs sont-ils devenus si «means»? (excuse le terme anglais). De vrais salauds! Pourquoi ne sent-on plus la passion, la fougue que tu as si bien su incarner? Juste des coups vicieux, d'une gang de multimillionnaires qui semblent n'avoir rien à foutre d'être sur la glace.

Je ne comprends plus rien et je suis triste pour mon sport que j'aime tant. Peux-tu m'expliquer?

Bien à toi,
Stéphane Michaud
Lévis

 

       
         

Maurice Richard

      Stéphane,

La violence n'est acceptable à nulle part, que ce soit dans les sports ou ailleurs. Quant au coup de poing que j'ai estampé à un juge de ligne en mars 1955 et qui a entraîné ma suspension pour le reste de la saison, je dois te dire que cela n'était qu'une vengeance destinée à me défendre: c'est Hal Laycoe qui a tout commencé. 

Clarence Campbell, qui était président de la LNH à cette époque, a fait une erreur en me donnant cette suspension. Je suis non-coupable sur toute la ligne.

À votre époque, s'il y a encore de la violence au hockey, je suppose que les dirigeants de la ligue s'ouvrent les yeux et prennent les bonnes décisions.

Le Rocket