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Cassandre Lynne d’Agenois
écrit à
Porthos
Porthos


Aux soins de monsieur l'abbé d'Herblay


   

Pour Monsieur de Portau

Aux soins de Monsieur l'abbé d'Herblay

Bonjour Monsieur,

Je vous remercie de votre charmante lettre. Je suis bien heureuse d'apprendre que vous vous portez mieux, grâce à mes conseils. Je n'admets pas la possibilité que vous mouriez ainsi que vous le dites, dans un lit de douleur, et sans vos amis qui plus est! Monsieur d'Artagnan sera certes très heureux d'avoir de vos nouvelles, comme moi je l'ai été lorsque Monsieur d'Herblay m'a parlé de vous.

En vérité, Monsieur, c'est moi qui ai d'abord demandé des nouvelles de votre santé. Ne soyez pas surpris, car votre réputation est grande et atteint des limites dont vous n'avez encore aucune idée. Mais je laisserai à Monsieur d'Herblay le soin de vous donner davantage de détails, lorsque vous serez ensemble. La manière par laquelle j'ai entendu parler de vous est très ardue à expliquer, et surtout très surprenante.

Vous me précisez dans votre lettre que la douleur s'estompe, mais que vos muscles sont encore faibles. Cela ne m'étonne pas, Monsieur, car une blessure de ce genre met davantage de temps à se guérir complètement. Il vous faudra être patient, et surtout faire constamment attention à votre santé. Continuez aussi à prendre vos infusions lorsque la douleur se présente, et les applications de serviettes humides chaudes si nécessaire.

Il reste le plus difficile à faire pour vous, car dès lors que la douleur diminue, vous devez assouplir et renforcer vos muscles. Je vous propose ici une série d'exercices légers qui permettront de savoir quels sont les muscles qui ont besoin d'être raffermis. Allez-y en douceur, mais élevez un peu votre seuil de tolérance. Si vous ressentez un peu de douleur, ne cessez pas pour autant, puisqu'il s'agit maintenant d'augmenter la résistance. Cessez si la douleur devient trop forte. Vous devrez répéter chaque exercice dix fois avant de passer à l'autre. J'aimerais que vous me disiez si un exercice en particulier est plus douloureux, afin que je sache quelle partie de votre dos est le plus atteint.

Le premier concerne les muscles de votre cou. Étant assis le dos droit sur une chaise, baissez la tête doucement jusqu'à ce que votre menton touche votre poitrine. Ne forcez pas les muscles, et ne courbez pas le dos. Toujours dans cette position, tournez lentement la tête vers la droite, le plus qu'il est possible, et maintenez cette position pendant trois secondes. Revenez à la position initiale tranquillement, puis faites de même du côté gauche. Ensuite, relevez la tête bien droite, puis penchez-la vers la droite encore une fois le plus possible, et maintenez la position quatre secondes. Faites de même du côté gauche, quatre seconde encore.

Passons maintenant aux épaules et au haut du dos. Debout le dos droit, les deux bras le long du corps, haussez les épaules le plus haut possible et maintenez la position deux secondes, puis relâchez complètement. Ensuite, levez les bras de côté jusqu'au-dessus de votre tête, doucement. Rabaissez-les. Faites un grand moulinet avec le bras droit d'avant en arrière, doucement au début. Faites de même avec le bras gauche.

Pour le bas du dos, ce peut être plus difficile. Toujours debout, le dos bien droit, les deux pieds écartés à largeur d'épaule, les bras le long du corps. Penchez-vous légèrement du côté droit jusqu'à ce que votre main effleure votre genou. Faites de même du côté gauche. Ensuite, penchez-vous le plus possible. Tentez d'abord de toucher vos genoux, puis, si vous en êtes capable, touchez vos chevilles. Cela risque d'être plus douloureux, alors faites bien attention.

Tous ces exercices, vous les ferez d'abord une fois par jour, le matin. Puis, lorsque vous pourrez les faire sans douleur, faites les deux fois, le matin et le soir. Je vous écrirai pour vous donner des exercices plus poussés lorsque viendra le temps.

N'hésitez pas à marcher, à vous promener dans les bois. Une marche de vingt minutes au départ peut vous être très bénéfique. Commencez très modestement, puis augmentez graduellement la distance, au fur et à mesure que vous sentirez vos forces grandir.

La dernière fois, je vous ai prescrit de vous modérer sur les viandes grasses. Cette fois, je vais vous donner un conseil qui vous plaira davantage: mangez une pâtisserie avant de faire vos exercices. Les féculents contenus dans le pain sont des sucres qui vous donneront de l'énergie. Buvez beaucoup d'eau pour vous réhydrater, et soyez modéré avec l'alcool.

Écrivez-moi à nouveau pour me dire comment vous vous portez. Votre santé est très importante pour moi, et je serais honorée si vous vouliez me considérer comme une amie.

En attendant de vos nouvelles, je vous prie d'accepter mes salutations amicales.

Cassandre Lynne d'Agenois


Lanne, 3O octobre 1669

À Madame la duchesse d'Agenais

Aux bons soins de Monsieur l'Abbé d'Herblay

Duchesse,

Je ne sais comment vous remercier des conseils et des bons remèdes que vous m'avez fait parvenir par l'intermédiaire de Monsieur l'abbé d'Herblay qui comme vous le savez sans doute a l'honneur d'être mon ami. En vérité, je suis bien surpris qu'une dame de votre qualité daigne s'intéresser à un vieux soldat comme moi et je suppose que je dois cet honneur à l'amitié que vous portez à ce cher abbé? Notre ami commun aura donc bien des choses à me compter quand je le verrai bientôt. Il passera incessamment par le Béarn et ne saurait s'approcher des Pyrénées sans s'arrêter à Lannes: c'est ici que je réside à présent, retiré des affaires.

Mais laissez-moi vous donner, Madame, le témoignage des effets de vos bons soins. Vos remèdes sont très efficaces contre la douleur et leur application est bien agréable. La douleur s'estompe mais je n'ai pas retrouvé mes forces. Lorsque l'accident qui m'a mis dans cet état est arrivé, j'ai préféré laisser croire à ma mort, car je n'aurais pas supporté que mes amis me voient dans l'état où je me trouvais. Mourir dans mon lit, à mon âge et affaibli comme une vieille femme, je ne voulais offrir ce spectacle à personne et je priais Dieu qu'il me délivre instamment. Aujourd'hui, je me sens mieux, mais je ne repartirai plus en campagne. Grâce à vous, peut-être pourrai-je renouer des liens avec mes amis, leur dire que je vais mieux et consentirai-je bientôt à les recevoir. Un certain capitaine des mousquetaires de ma connaissance va être bien surpris...

Cette lettre vous parviendra aux bons soins de notre ami commun. Peut-être l'autoriserez-vous à me dire comment et par quel hasard il en est venu à vous parler de moi?

Dieu vous rende grâce de vos bontés et de votre générosité.
Votre dévoué et reconnaissant,

Isaac de Portau

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