rodrigue.brioul
écrit à

   


Philippe d'Orléans

     
   

Vous et Madame

    Monseigneur,

J'ai pris ma plus belle plume pour vous écrire aujourd'hui, car je me pose beaucoup de questions sur ce que fut votre vie à la Cour, auprès de votre illustre frère aîné: plus particulièrement sur le plan sentimental. Est-il vrai que, marié à Henriette d'Angleterre (fille de Charles Ier si je me souviens bien), vous entreteniez une relation particulière avec le chevalier de Lorraine et que, malgré cela, vous trouviez encore le moyen de vous montrer jaloux des amours de Madame avec Louis, votre frère?

Pardonnez mon impertinence, mais je ne suis sûr ni de vos amours, ni de vos jalousies, ni des amours de votre femme... J'espère que vous pourrez me répondre et ainsi éclairer ma pauvre lanterne.

Mes respects, monseigneur.

Andromède



Cher Andromède,

Voilà un prénom des plus théâtral!

Voilà un point épineux que vous voulez aborder aujourd'hui! Mes affaires de coeur! Vous voilà bien indiscret cher ami. Peu me chaut, je répondrai honnêtement.

Vous n'êtes apparemment pas sans savoir que je suis fort occupé par mes amitiés masculines, le «vice italien» comme le disent bon nombre de courtisans. Sa Majesté mon Frère m'a cependant, coutumes et alliance France-Angleterre obligent, imposé un mariage avec feue ma première épouse, ma cousine germaine Henriette d'Angleterre, fille de Charles Ier, vous dites vrai. Mon épouse, que mon Frère disait d'une maigreur à faire pâlir, nous apparut à tous d'une grande beauté lors de la cérémonie qui eut lieu le 31 mars de l'an 1661.

Sa beauté lui attira de nombreuses convoitises, celle de Louis en particulier, puis celle du comte de Guiche. Le fait est que, membre haut placé de la Cour (en tant que frère de Sa Majesté et possible héritier du trône en cas de mariage infertile de Louis mon Frère et de la reine Marie-Thérèse ), je me voyais sans cesse ridiculisé et j'ai, en effet, été dévoré de jalousie. Beaucoup disent que cela a accentué mon penchant. Madame a toujours eu mon affection. Elle m'a donné trois enfants.

Je ne me cache pas d'avoir toujours eu des attitudes un peu frivoles: l'air et le faste du Versailles des grandes années sans nul doute! J'aime, oui, j'aime les mascarades: j'affectionne les costumes féminins, les talons hauts…

Mon «amitié» avec le chevalier de Lorraine («beau comme on peint les anges»), qui dure depuis de nombreuses années, n'est un secret pour personne. La raison ou l'amour, pourquoi choisir à présent, mon cher Andromède? Mon épouse était mon épouse et me devait fidélité. M'amusant à me ridiculiser, j'ai laissé s'exprimer pleinement le tempérament qui germait au fond de ma poitrine.

J'espère avoir satisfait votre curiosité.

Je vous salue.

Monsieur Philippe Duc d'Orléans, Frère de Sa Majesté Louis le quatorzième