Kristina
écrit à

   


Philippe d'Orléans

     
   

Votre fille Élisabeth-Charlotte

    Votre Altesse,

J'espère que vous vous portez bien.

J'aimerais que vous me parliez de la plus jeune de vos filles, Élisabeth-Charlotte. Comment est-elle aujourd'hui? Comment était-elle étant enfant? Étiez-vous proches? Quels étaient ses loisirs? Était-elle proches de ses frères et soeurs? Je crois savoir qu'elle était très proche de Madame, sa mère, dont elle porte le même prénom. A-t-elle des amis à la cour? Que pensez-vous de son mari? Comment a-t-elle réagi lors de l'annonce de son mariage? Est-ce vous et Madame qui l'avez décidé? Êtes-vous proche des petits-enfants qu'elle vous a donnés?

Mes respects,

Kristina

Chère Kristina,
 
Élisabeth-Charlotte porte, comme vous le savez, le prénom de sa défunte mère. Elle fut toujours une enfant calme. Je ne me rappelle aucun incident notoire la concernant. Aussi ne puis-je vous en dire plus car les souvenirs passés avec elle deviennent ma foi très vagues. En revanche, sa mère et elle passaient de nombreuses heures ensemble. Elle fut très jeune nommée «mademoiselle», ses deux sœurs étant mariées, pourvues de titres et Louis n’ayant plus de fille survivante. Je me rappelle une journée où, à la dauphine qui lui proposait d’épouser son jeune frère, elle répondit: «Je ne suis pas faite, madame, pour un cadet». Je retrouve là le tempérament des Orléans.
 
J’affectionne ma demoiselle qui a aujourd’hui vingt-quatre ans. Elle a un grand nombre d’amis, malgré son franc-parler. On lui proposa d’épouser, vous ne l’ignorez point, Louis-Auguste, duc du Maine. Nous refusâmes, Madame et moi-même, de donner notre consentement. De nombreux partis lui furent proposés. Le brillant mariage qu’elle fit avec Léopold nous ravit, et par le titre et par les richesses que Sa Majesté mon frère lui offrit. L’amour et le bonheur qui découlèrent de cette union me comblèrent davantage.
 
Je compte pour l’heure deux petits-enfants, Léopold et Élisabeth-Charlotte. Nous pensons que ma chère fille serait grosse d’un troisième. J’espère que le Seigneur leur fera la grâce d’une belle et nombreuse descendance.
 
J’espère avoir répondu à vos attentes. Je vais, pour l’heure, retrouver tout ce beau monde lors de la promenade.
 
Monsieur, Philippe duc D’Orléans.