f.saillen
écrit à

   


Philippe d'Orléans

     
   

Votre façon de signer

    Bonjour Monsieur,

Est-ce ainsi qu'on doit vous appeler? Je ne le sais, n'étant point coutumière quant à la manière de s'adresser aux personnes telles que vous. En fait, je vous l'avouerai de suite, je ne connais ni l'histoire, ni qui vous étiez, ni ce que vous avez fait.
Si je vous écris aujourd'hui, c'est seulement pour vous dire que j'adore la façon dont vous signez vos messages: «Monsieur, Philippe D'Orléans». Se désigner soi-même par le terme de «Monsieur», je dois dire que j'ai toujours trouvé cela très charmeur et très attirant.
Sur ce, je vous laisse, pensant que vous avez mieux à faire qu'à lire des bêtises telles que celle-ci, mais qui est pourtant, ni une plaisanterie, ni une moquerie.
Permettez-moi de vous envoyer mon plus amical bonjour.
Florence



Chère Damoiselle Florence,

Votre lettre m'a touché par son innocence.

Ainsi donc, cette manière dont je signe vous émeut. Il n'y a vraiment pas de quoi, je puis vous l'assurer.

Je suis le Frère de sa Majesté Louis XIV et en tant que tel me revient le nom de «Monsieur». Mon oncle Gaston d'Orléans était également surnommé ainsi. À ma naissance, je fus appelé Petit Monsieur, puis Monsieur à la mort de mon oncle. C'est le nom qui revient au frère cadet du Roi dans notre famille.

Vous pouvez me nommer de diverses manières. Votre Altesse étant la plus courante, Monsieur étant familier. Mais je ne vous en tiendrai pas rigueur, rassurez-vous. J'ai eu de nombreux titres dont Duc d'Anjou et maintenant, Duc d'Orléans.

Généralement, je signe de la manière suivante:

Son Altesse Philippe Duc d'Orléans, frère de Sa Majesté Louis le Quatorzième dit Monsieur. Pompeux non?

J'espère ne pas vous avoir déçu avec ces révélations linguistiques.

Je tiens à vous présenter tous mes bons sentiments et peut-être aurons-nous l'occasion de tenir conversation afin que je vous informe sur ma vie et celle de la Cour.

Monsieur, Philippe Duc d'Orléans.





Bonjour cher Monsieur,

C'est avec plaisir que je découvre aujourd'hui votre réponse. J'ai toujours aimé les «grands hommes» et j'aime également faire preuve de respect envers autrui. Peut-être n'est-ce là qu'un désir de rendre les autres supérieurs à moi, je ne sais pas exactement.

Il me ferait plaisir d'en savoir un peu plus sur vous-même, vos passions et votre rôle à jouer à la cour. Je dois vous avouer que je ne connais guère cette partie de l'histoire, puisque j'ai pour habitude de regarder plutôt vers l'avenir. Mais j'ai le sentiment que votre époque a dû être fort intéressante!

Si je devais parler un tant soit peu de moi, je dirais que je suis une simple employée de commerce avec toutes ses illusions et ses rêves. J'aime passionnément l'être humain, tentant le plus possible de le comprendre dans toutes ses irrégularités. Je n'attends rien de spécial de mon existence, je vis parce qu'il le faut.

Je me réjouis de vous lire, Monsieur, et j'en profite pour vous assurer de mon plus profond respect.

Florence



Très chère amie,

Votre lettre me touche une fois encore... quelle simplicité, quelle fraîcheur!

Je reprendrai point par point tout ce que vous m'évoquez et pourrai ainsi vous faire partager mon opinion.

Faire preuve de respect envers les autres est une bonne chose. Il est vrai qu'à la Cour, nous autres sommes de la haute noblesse et comme vous l'imaginez, nous jouissons de privilèges immenses et nous en abusons sans honte mais nous nous devons de respecter autrui.

Ainsi donc, vous ne connaissez point l'univers de Versailles et de ce beau siècle... ah, Mademoiselle, vous n'en imaginez point les beautés, les richesses, les intrigues, les moeurs... tout cela est fort complexe et je pense que vivre à la Cour est le seul moyen de connaître toutes les merveilles mais aussi tous les travers.

Je suis une personne importante de la cour étant donné que je suis le frère de sa majesté mais personne n'est égal à Louis qui règne sur nous tous et a l'entière liberté de faire de nous ce qu'il désire!

Je ne saurai quoi vous dire pour enrichir votre connaissance. Pour ma part, je pense être digne de mon rang et mérite le titre de maître des plaisirs... Beaucoup disent que j'étais un rayon de soleil dans cette vaste cour... bien entendu, je ne saurai faire de l'ombre à Mon Frère.

Voir l'avenir est très important, chère amie, nous partageons donc un avis. Il est certain que la descendance est capitale de même que son héritage. Le passé nous tient cependant à coeur puisque c'est grâce à ce passé que nous sommes ce que nous sommes, les Bourbons, les Orléans, le Roi, Monsieur... et non pas de simples hommes du peuple.

Ainsi donc, vous êtes une petite gens occupée dans les affaires. Monsieur de Colbert aurait été ravi de discuter avec vous, j'en suis sûr.

Je finirai en vous disant qu'il faut garder vos rêves et vos illusions. Certes, ne soyez pas naïve devant chaque être humain sans quoi les polissons vous joueront de mauvais tours mais gardez toujours une part de magie, une part d'enfant en vous. Vous vivez parce que Dieu vous a créé ma chère, votre existence a donc un but... à vous de le trouver!

Je vous salue bien bas, vous offre mon amitié sincère et puisqu'il vous plaît tant que je signe ainsi, je m'exécute

Monsieur, Philippe Duc d'Orléans






Monsieur,

Si vous saviez quel émoi naît en moi à la lecture de vos bons mots. À vous lire, votre époque est beaucoup plus distrayante que la mienne... mais les regrets ne servent à rien, et il y a aussi quelques avantages à vivre de mon temps.

J'envie vos privilèges, vos façons de jouir de la vie. Sachez Monsieur que je vous comprends également dans vos affinités. Il me plairait d'ailleurs d'en discuter avec vous. Se nommer «maître des plaisirs»... y englobez-vous également les plaisirs charnels? Pardonnez d'avance ma question osée, elle n'est point là pour vous juger, bien au contraire, mais j'ai un tendre sentiment à votre égard et je souhaiterai mieux vous connaître.

J'aimerai également aussi comprendre la façon dont vous me jugeriez si je me présentais devant vous? Les petites gens, comme vous le dites, sont-ils dignes d'intérêt, ou n'est-ce que pure charité que vous vous y intéresser? Que pensez-vous des «simples hommes du peuple»? Les considérez-vous égaux à vous-même? La richesse et le nom, sont-ils, à votre avis, une barrière infranchissable? Baisseriez-vous votre regard sur moi, femme du peuple?

Vous me parlez également d'un certain Monsieur de Colbert, pardonnez mon ignorance, mais de qui s'agit-il?

Vous savez, pour dire quelques mots de moi, j'ai pour habitude de dire que je cultive le paradoxe... À la petite fille aux yeux innocents, j'oppose la femme pleine de sagesse. Ma naïveté est une chance que je donne à tous de faire ses preuves à mes yeux. Mais peut-être que le terme «innocente» est plus adéquat.

À très vite, Monsieur! Daignez accepter mon amitié et mon respect.

Florence




Chère amie,

Chacune de vos lettres me divertissent.

Je me suis effectivement nommé «maître des plaisirs» puisque je pense amener toutes mes extravagances aux festivités. Personne ne me contredira sur ce point. Je peux y inclure les plaisirs charnels, sans aucun doute... Je ne m'étalerai point sur ce sujet mais ces plaisirs comptent aussi parmi mes favorites, sachez-le.

Comment vous jugerai-je si par tout hasard vous vous trouveriez en ma présence? Je ne puis vous le dire... Vous savez, la Cour est un monde à part... le seigneur nous a voulu nobles et dignes de privilèges et de richesses. Mon rang, mon titre et mon éducation sont tels que les petites gens ne sont pas mes égaux.

La richesse et le nom ne sont pas des barrières infranchissables. De simples courtisans aisés ou des bourgeois de bons conseils (je pense aux ministres engagés par Sa Majesté) parviennent à tisser les liens dans le vaste monde de la Cour. Ainsi, avec beaucoup d'esprit et un peu de richesse, vous pouvez prétendre à vous joindre à nous. Même Monsieur Molière, acteur de théâtre, est parvenu à faire rire et à s'accorder pour un temps les faveurs de Louis!

Ne vous vexez pas Madame mais je suis davantage attiré par mes mignons que par de jeunes demoiselles... Vous auriez, malgré votre condition, plus de chance avec Mon Frère si toutefois, vous êtes de grande beauté et dotée d'un esprit vif.

Ainsi donc, vous ne connaissez pas Monsieur de Colbert. C'est le surintendant des finances du royaume... Le malheureux tente de renflouer les caisses de l'État... il a dur à faire vu la vitesse à laquelle nous les vidons! Il a créé de nombreuses manufactures dans le royaume et a un fort penchant pour le commerce à grande échelle.

Cultiver le paradoxe est fort amusant Mademoiselle... Jouez de votre entourage mais pas trop tout de même.

Sur ce, je vous salue.

Monsieur, Philippe Duc d'Orléans





Monsieur,

Je vous remercie pour ces précisions. Je constate une fois de plus qu'il ne cessera jamais d'exister des barrières entre les Hommes, mais qu'y faire? C'est peut-être logique après tout, de la même manière qu'on ne mélange pas les chiens et les chats.

Bonne continuation à vous

Florence



Chère amie,

En aucun cas, j'ai voulu par mes paroles vous remettre en place. Je vous dis ce qui est à mon époque à savoir que je vis dans un monde différent où les nobles côtoient les nobles... C'est ainsi!

À présent, croyez-vous que si je ne voulais pas discuter avec des personnes de votre temps, y compris vous, j'aurai pris la peine de répondre à Sieur Dumontais?

Non chère amie, correspondre avec vous m'est fort agréable mais nos discussions, vous le comprennez bien, ne peuvent en aucun cas changer le mode de fonctionnement de rigueur à la Cour! En revanche, je ne peux que vous dire ce qui en est et vous faire partager mon monde et mes opinions le concernant.

Je vous salue.

Monsieur, Philippe duc d'Orléans




Vous savez cher Monsieur, j'ai toujours les plus naïves illusions au sujet des êtres humains. Et parfois, souvent même, je tombe de haut devant l'égoïsme et le manque d'attention que les gens démontrent de par leur comportement.

Je ne suis pas fâchée, mais un peu déçue. Pas nécessairement par vous, mais par cette mentalité de votre époque. Mais ne vous inquiétez pas, elle a demeuré pour continuer d'être ce qu'elle est: encombrante et injuste. Je m'explique peut-être... les clivages entre patrons et employés, riches et pauvres, nobles et gens du peuple, en bref, l'homme ne sera jamais égal face à son prochain. Je le sais, mais parfois je peine à l'assimiler complètement.

J'ai senti dans votre message, comme une remise en place me concernant, mais peut-être ai-je rêvé? J'aurai bien voulu correspondre avec vous de manière amicale, en oubliant, le temps d'une lettre, la différence qui nous oppose.

Bien à vous cher monsieur, acceptez tout mon respect et mon estime

Florence



Chère amie,

Je sens de la colère ou de la déception dans vos paroles, peut-être même les deux? Seriez-vous fâchée par mes propos?

J'espère qu'il n'en est rien et vous souhaite une bonne journée.

Monsieur, Philippe duc d'Orléans