Anaïs
écrit à

   


Philippe d'Orléans

     
   

Votre épouse et les enfants légitimés du Roi

    Cher Philippe,

Comment vous-portez vous en ce moment? Votre santé est-elle bonne? Je vous écris aujourd'hui afin de vous entretenir au sujet de votre épouse, la princesse Palatine. Celle-ci a toujours en horreur les favorites de votre frère Sa Majesté le roi. Elle n'a que trop démontré qu'elle n'appréciait pas la marquise de Montespan et qu'elle détestait madame de Maintenon. Elle a très mal réagi en apprenant le mariage de votre fils, le duc de Chartres, avec mademoiselle de Blois, fille légitimée du roi et d'Athénaïs. De même, elle s'est farouchement opposée à l'union de votre fille Elisabeth-Charlotte avec le duc du Maine. Sachant cela, j'ai du mal à comprendre pourquoi la duchesse d'Orléans a voulu prendre soin des enfants de la duchesse de la Vallière une fois celle-ci entrée au Carmel en 1674. Elle emmenait la jeune Marie-Anne et son frère Louis visiter leur mère et intervint même en faveur de ce dernier lorsqu'il s'attira la colère du roi au début des années 1680 afin que le comte de Vermandois entre en grâce. Comment votre épouse a-t-elle pu s'occuper ainsi des premiers enfant légitimés du roi alors qu'elle dénigre les suivants? Est-ce parce qu'à son arrivée à la Cour, Louise de la Vallière n'était déjà plus la maîtresse de votre frère? Aurait-elle noué quelques amitiés avec madame la duchesse?

Mes respects,

Anaïs

Chère Anaïs!

Voilà fort longtemps que je ne recevais point de lettres de vos contemporains. Vous me voyez ravi de correspondre à nouveau avec votre personne. Je vous sais gré de vous enquérir de ma santé qui ne va point trop mal.

Vous n’êtes pas sans savoir que mon épouse, la Princesse Palatine, a son franc-parler et ses valeurs qu’on ne lui retirera plus.
Comme vous le dites fort justement, l’inimitié qu’elle porte aux maîtresses de Sa Majesté mon Frère est grande. Ce fut différent avec cette chère Louise de La Vallière. Le tempérament doux et frais d’une La Vallière n’a rien de comparable à celui de la tempétueuse Montespan ou la froideur autoritaire de cette bigote de Maintenon. Elle avait des qualités, ma foi, et je pense que c’est ce qui a plu à Madame mon épouse. Elle l’a connue en effet alors que celle-ci était rejetée…

Chère Anaïs, vous répondez vous-même à vos questions mais vous me voyez ravi de confirmer vos dires.

Bien à vous
Monsieur, Philippe Duc d’Orléans