Anaïs
écrit à


Philippe d'Orléans

Vos épouses

Cher Philippe,

Au sujet de vos épouses, j'ai lu et entendu diverses choses. Est-il exact que vous avez avoué n'avoir aimé Henriette d'Angleterre «que quinze jours»? Qu'a-t-elle fait pour vous déplaire? Est-ce parce que vous avez une attirance pour les hommes ou la duchesse d'Orléans a-t-elle fait quelque chose qui ne vous a pas plu?

Certains avancent que, s'il n'y avait pas d'amour, il y avait néanmoins beaucoup d'amitié entre vous. Pour d'autres, vous détestiez Henriette et vous arrangiez pour qu'elle fût grosse chaque année afin qu'elle ne pût participer aux voyages ou aux fêtes.

Comment vous-êtes vous entendu avec Elisabeth-Charlotte de Bavière qui était sans grande beauté comparée à Henriette et qui était assez masculine dans ses formes et ses manières?

Laquelle de vos épouses avez-vous le plus appréciée?

Mes respects,

Anaïs


Chère Anaïs,

Une fois encore je retrouve en vous cette volonté de trouver la précise vérité.

J'ai beaucoup aimé ma première épouse, mais je ne supportais pas ses aventures et elle ne supportait pas les miennes. Le Seigneur l'a rappelée à lui très tôt, mais j'en garde un bon souvenir et nos enfants témoignent de notre respect mutuel.

J'ai épousé la princesse Palatine par devoir. Je désirais tant un héritier. Je respecte Madame et cette dernière me respecte. Nous nous sommes mis d'accord, il y a quelque temps déjà, de nous épargner le devoir conjugal si pénible à chacun de nous. Elle me reproche mes débauches avec son franc parler mais je peux tout entendre d'elle.

En attendant de vos nouvelles,

Monsieur, Philippe Duc d'Orléans


Cher Philippe,

Je vous remercie pour votre réponse au sujet de vos épouses. Était-il exact qu'au départ, votre frère vous destinait votre cousine Anne-Louise de Montpensier comme seconde épouse, après la mort d'Henriette d'Angleterre?

Je sais que vous vouliez un fils plus que tout et que la mort du petit Philippe-Charles en 1666 vous a beaucoup affecté. En 1667, Henriette accouchait avant terme d'un fils mort à la naissance. Est-il vrai que vous étiez très remonté contre elle parce qu'elle avait perdu cet enfant?

Mes amitiés,

Anaïs



Chère Anaïs,

Une fois encore vous m'étonnez par votre savoir sur ma personne. Moi-même je ne serais point capable d'en dire autant. Ce que vous dites est vrai au sujet de notre cousine Anne Louise de Montpensier, mais le projet ne fut pas de mise très longtemps.

La perte d'un enfant est tragique et la tristesse m'a rendu amer, mais je n'en veux point à feue ma première épouse. C'était la volonté de Dieu de rappeler cet enfant.

Monsieur, Philippe Duc d'Orléans