Nicole
écrit à

   


Philippe d'Orléans

     
   

Vérités

   

Monsieur,

Tel est votre nom, Monseigneur étant réservé au dauphin. Il est, je pense, très difficile d'être le second, surtout lorsque l'aîné se nomme Louis XIV. Je ne vous cacherai pas qu'il est depuis mes dix ans mon idole (j'en ai soixante-dix), mais je m'intéresse également à tous ceux qui l'entourent.

Je sais votre bravoure au combat. Étiez-vous très combatif par goût ou pour montrer au Roi votre bravoure? Madame Palatine, votre seconde épouse, était, il me semble, un personnage haut en couleurs et je passe de bons moments en lisant ses lettres. Vous lui avez fait des enfants pour remplir votre devoir, mais y avait-il de l'amour entre vous? Je passerai sous silence votre penchant pour le vice italien: à mon époque tout est permis.

Merci de me donner des réponses à mes questions pour me permettre de me faire une idée à travers vos écrits. Croyez, Monsieur, en mon profond respect,

Nicole



Chère Madame,

Il est fort agréable de se savoir sujet de curiosités.

Ma place de second-né est souvent évoquée dans les mots que je reçois. La naissance tant attendue de Louis fut perçue telle un miracle. La succession de feu notre père Louis le treizième était assurée et notre mère put enfin tenir dans ses bras le fruit de ses amours. Tout naturellement, l'intérêt se porta autour de sa personne. Ma naissance vint conforter la lignée des Bourbons, mais ma place resta celle du second et je fus éduqué en tant que tel. Il ne fallait point que je fasse ombrage au dauphin. J'ai toujours respecté Louis et lui suis resté loyal en toute circonstance malgré les désaccords qui nous opposent fréquemment.

Je suis et resterai fier de mes victoires au combat, mais ce monde n'est point pour moi et je préfère laisser cela à mon frère. J'ai aimé que l'on reconnaisse en moi un homme aussi habile aux combats qu'aux cartes. Je vous dirai donc que je l'ai fait à la fois par goût et pour prouver à Louis ma valeur.

Madame Palatine est un personnage de fort caractère, comme vous le savez sans doute. Elle n'hésite point à me railler et à critiquer mes comportements. Mais elle est parfois plus douce dans ses propos et nous nous rejoignons sur plusieurs opinions. Je ne vous cacherai pas que je ne suis point le plus heureux des hommes, mais elle m'a donné un héritier et je lui en suis reconnaissant. Le respect et l'amitié nous unissent.

J'espère, madame, avoir répondu à vos attentes,

Monsieur, Philippe, duc d'Orléans