Amandine
écrit à

   


Philippe d'Orléans

     
   

Un pacte

   

Monsieur,

Je ne me suis jamais encore permis de vous écrire, mais un détail me préoccupe beaucoup. Voilà. Cela concerne une partie de votre vie privée et je comprendrais parfaitement que vous refusiez d'y répondre.

J'ai lu quelque part que vos mignons de couchettes devaient signer un «pacte». Celui ci stipulait qu'ils devaient renoncer aux femmes pour vous, entre autres choses.

Plus précisément, j'ai lu que chaque mignon devait «se décharger» sur le pacte tandis qu'un autre «l'initiait». Je pense pouvoir vous épargner les détails.

Ce «pacte» a-t-il réellement existé?! L'idée venait-elle de vous? Ce «serment de fidélité» me donne l'impression que vous aviez une basse estime de vos mignons... Si vous le souhaitez, j'aimerais en savoir plus sur ce pacte.

Seconde interrogation. On dit que la pratique du vice italien était formellement défendue. Et pourtant, vous ne respectiez pas cette interdiction... Donnez-moi votre avis, car il me tarde d'y voir plus clair.

Bien à vous, Amandine.


Chère Amandine,

Il est vrai que j'aime de mes mignons qu'ils soient toujours près de ma personne. J'aime être très entouré. J'aime les plaisirs de la chair. Maintenant, il n'existe point de pacte. À vos dires, cela semble bien horrible. Vous parlez de cela à votre époque? Hé bien, hé bien...

En revanche, il est vrai que je pratique le vice italien. Je ne saurai vous dire pourquoi, c'est ainsi... À notre époque, de telles pratiques ne sont point si choquantes. Certes le vice italien était mal perçu mais personne ne m'a jamais rien interdit.

J'espère avoir répondu à vos interrogations et vous prie de me demander si un point vous semble encore sombre.

Monsieur, Philippe Duc d'Orléans.


Monsieur,

Ainsi donc, le vice italien n'était pas interdit, comme je le croyais et ce serment n'a jamais existé. Vous m'en voyez soulagé. Je me disais aussi que c'était une pratique presque... Inhumaine.

Décidément, j'étais bien mal renseigné! Je prendrais soin dorénavant de ne point précipiter mes propos et d'en vérifier la véracité!

Vous avez dû penser que j'avais l'esprit bien mal placé pour vous parlez d'une telle chose et j'en suis navrée.

Cependant une interrogation subsiste. Soit je n'ai pas l'esprit très vif, soit je me pose trop de questions!

Vos mignons étaient ils des sortes de, pardonnez-moi l'expression, prostitués à votre service ou bien vous contentiez vous d'être entouré d'eux, vous laissant simplement courtiser?

Je suis désolée si certaine de mes questions vous ont mis dans l'embarras ou vous ont choqué, jamais ce n'était mon intention, c'est simplement que vous êtes à mes yeux, bien différent de vos contemporains. Vos fantaisies ne cessent de me surprendre et toute votre personne me fascine.

Avec toute mon estime,

Amandine.


Chère Amandine,

Ne vous blâmez point. Je participe à cette grande aventure qu'est Dialogus pour justement vous faire part en toute honnêteté de ma vision sur mon époque. Cela n'est en rien choquant que vous me posiez des questions sur ma vie privée, tant qu'elles sont pour rétablir une certaine vérité qui a pu se transformer au fil du temps. C'est avec plaisir, je vous l'assure, que je réponds à vos interrogations.

Un «mignon», très chère Amandine, est une sorte d'ami, de confident, de favori pour qui l'on ressent des sentiments forts. Le Chevalier de Lorraine est en cela la personne pour qui j'ai toute amitié. Il est vrai que je suis entouré de mignons, des hommes d'âge et de conditions différentes. Nous partageons nos jeux et nos plaisirs, aussi ceux de la chair. Ils ne sont en rien comme des filles de joie, puisque c'est de leur pleine et entière volonté qu'ils se sont joints à moi.

J'espère avoir soulagé votre curiosité et vous sais gré des compliments dont vous me couvrez.

Je vous salue bien bas.

Monsieur, Philippe duc d'Orléans


Monsieur,

C'est à chacune de vos lettres, un transport de joie! Décidément, votre patience à mon égard m'est fort agréable. Mais, à chacune de vos réponses, je m'embrouille un peu plus l'esprit au lieu d'y voir plus clair. Par exemple, un de mes contemporains a écrit quelque chose à votre sujet et, sans mettre votre parole en doute, cet écrit a ravivé ma curiosité à votre égard. Je vous le copie. C'est un extrait qui parle de vous et vos mignons:

«[...] Ils avaient fait leur couvent de quelques châteaux d'Île de France et y recevaient les novices en d'étranges cérémonies; on exigeait des serments, des mortifications ...»

J'admets que l'obstination est l'un de mes principaux défauts... ou une qualité, je ne sais. Et je suis un peu perdue dans tout cela. Encore une fois, j'en appelle à vous pour comprendre.

Jusqu'au revoir,

Amandine


Chère Mademoiselle,

Excusez le retard de cette missive. Votre lettre m'a été apportée dans la journée d'hier uniquement. Les routes sont peu sûres et le porteur a eu quelques déboires.

Les dires que vous me relatez sont exagérés. Il est vrai que mes gens et moi-même nous retrouvons dans divers châteaux. Nous avons recours à quelques initiations, qui choqueraient peut-être les gens de votre époque, mais ne croyez point que je procède à des messes sataniques ou que je fasse quoi que ce soit qui me soit interdit.

J'espère avoir éclairé le trouble qui embrumait votre esprit. Bien à vous.

Monsieur, Philippe Duc d'Orléans.