Morgane
écrit à

   


Philippe d'Orléans

     
   

Souvenirs de votre père

    Votre Altesse,

C'est avec un grand plaisir que je vous écris pour la première fois.

Je me pose quelques questions et je vous prie de m'excuser si je vous fais perdre votre temps.

Je me demandais si votre frère et vous aviez quelques souvenirs de votre père le feu roi Louis XIII.

La deuxième question est: avez-vous souffert du manque d'amour de votre mère Anne d'Autriche?

Avec toute ma considération et mon respect.

Morgane



Chère Morgane,

Vous ne me dérangez absolument point et c'est avec grand plaisir que je vous réponds ainsi qu'à vos contemporains... Ne suis-je point ici pour cela?

Feu notre père Louis XII ne nous a point prêté grande attention à Sa Majesté mon Frère et moi-même. On me révéla que mon pépiage incessant l'incommodait parfois.

Les moments passés avec feu notre Père ont été assez rares. D'ailleurs, j'étais trop jeune pour me souvenir de tous ceux-ci.

Un jour, le Roi demanda à Saint-Simon de faire venir des présents, qu'il nous offrit de sa main. Il me donna des chiens en verre et d'autres petits animaux fabriqués à Nevers, et à Louis un cabinet d'Allemagne muni d'un cadenas à lettres pour le fermer. Louis tint à lui faire choisir lui-même le mot de quatre lettres, aisé à retenir, «SIRE», ce qui fit grand plaisir à Sa Majesté, je me le rappelle encore.

Je puis vous dire que les souvenirs de feu Notre Père sont vagues... Un homme en chemise, toujours étendu sur une chaise longue, la barbe hirsute et mal tenue qui bougeait en même temps que son menton... J'avais 3 ans lorsque Dieu l'a rappelé à lui.

Ils ont vécu ensemble, alors âgés de 5 et 3 ans, la mort de notre «papa».

Je ne puis vous raconter que cela.

Quant à feu ma mère Anne d'Autriche, je l'aimais fortement et elle nous aima en retour. Certes son autorité était ferme mais je reste à jamais son «petit mignon».

J'espère vous avoir satisfaite de cette brève réponse.

Je vous salue.

Monsieur, Philippe duc d'Orléans



Je remercie son Altesse de m'avoir répondu si vite.

Je voudrais vous demander quelles relations vous avez avec vos cousins Condé, Conti... Le roi, votre frère, leur tient-il encore rigueur de leur trahison au moment de la Fronde?

Deuxièmement, que pensez-vous des rumeurs d'empoisonnement de votre première femme par le chevalier de Lorraine entre autres?

Et enfin que pensez-vous de votre oncle Gaston d'Orléans?

Saluez la princesse Palatine pour moi,

Amicalement

Morgane



Chère Morgane,

L'épisode de la Fronde a fort marqué par Sa Majesté mon Frère et moi-même, même si nous étions jeunes. Cette révolte a fait naître le soupçon et la méfiance.

Nous entretenons de bonnes relations avec nos cousins qui ont place de choix à la Cour.

Je ne puis rien vous dire concernant l'empoisonnement de feu ma première épouse. Ce fut un évènement funeste dont je ne connais point l'auteur. Il est vrai que le chevalier de Lorraine a été l'objet de rumeurs à ce sujet.

Mon oncle Gaston d'Orléans est un homme de fort charisme. «Grand Monsieur» (puisque frère de feu Sa majesté mon père) ne cessa pas d'intriguer et participa comme vous le savez à La Fronde.

Mazarin le fit exiler dans son château de Blois en 1652 et il y mourut en 1660; il fut inhumé à Saint-Denis, ultime privilège attaché au sang royal.

Bien à vous,

Monsieur, Philippe duc d'Orléans