S. A. R. Marie Antoinette Josèphe Jeanne de Habsbourg-Lorraine, archiduchesse d'Autriche, princesse de Bohème et de Hongrie
écrit à

   


Philippe d'Orléans

     
   

Saint-Cloud

    Je souhaite bien le bonjour à vous, monsieur frère du roi, et souhaiterais vous demander quelques renseignements sur Saint-Cloud, mais tout d'abord je me présente. Je suis une archiduchesse d'Autriche et l'avant-dernière enfant d'une fratrie de cinq garçons et onze filles.

Dans cinq jours, je dois quitter l'Autriche, mon pays, pour venir en France épouser un lointain descendant de votre frère le roi, le dauphin Louis Auguste de France, duc d'Anjou, âgé de quinze ans et qui est mon aîné d'un an. Ma mère l'impératrice régente m'a informée que l'on avait pour intention, avant mon entrée dans Versailles et Paris, de me faire loger dans divers palais princiers dont votre château de Saint-Cloud qui est, par ce que j'en ai ouï-dire, magnifique; pouvez-vous me donner une idée de ce à quoi il ressemble, de sa taille, de ses appartements, de ses jardins et de ses décorations et où il se situe exactement?

Étant une futur dauphine, savez-vous dans quel appartement on pourrait me loger le temps de mon bref passage dans votre demeure?

Combien d'années vous séparent, vous et feue votre épouse, la princesse palatine? Parlait-elle l'allemand?

Pour conclure cette missive, quelle est votre opinion vis-à-vis de nous, de la maison de Habsbourg. D'après ce que je sais parfaitement, mon pays et le vôtre ne sont point en très bons termes. C'est d'ailleurs pour une paix qui je l'espère va durer, que l'on me marie au dauphin. Mais je ne me fais point trop d'illusions là-dessus et j'essayerai de me maintenir loin des complots qui peuplent, paraît-il, la cour. J'avoue avoir réussi une excellente éducation, si ce n'est en matière de politique et avoir été élevée plutôt librement à Vienne et avoir une grande appréhension pour la cour et l'étiquette.

Je vous remercie d'avoir lu ma lettre et, si cela ne vous importune point, je vous donne le nom de mes frères et sœurs (j'avoue aimer beaucoup écrire des lettres). Tout d'abord, il y avait Marie Elisabeth, Marie Caroline, une seconde Marie Caroline, Jeanne Gabrielle et Alexandre Ferdinand, tous morts. Puis, pour ceux qui ne sont point morts comme moi, il y a l'archiduc-héritier Joseph, Charles Joseph, prince de Modène, Pierre Léopold, grand duc de Toscane, l'archiduc Ferdinand, duc de Modène, et pour finir, Maximilien François, évêque de Münster, archevêque de Cologne, le dernier de notre famille et mon frère cadet. Pour ce qui est des filles survivantes l'ainée de la famille, Marie Christine Jeanne Josèphe Antoinette, duchesse de Saxe, gouvernante des Pays-Bas, ensuite Marie Elisabeth, abbesse du Chapitre des Dames-Nobles de Prague, Marie Amélie, duchesse de Parme, Marie Anne, abbesse de Klagenfurt, Marie Josèphe reine des Deux Siciles, et moi la dernière des filles, mais la quinzième enfant d'une famille impériale de seize enfants. Ma mère est Habsbourgeoise et feu mon pauvre père, François 1er de Lorraine, duc de Lorraine et de Bar, décédé, était un prince lorrain.

Je vous donne le bonsoir et vous souhaite de passer d'agréables moments en compagnie de vos proches. Pourriez-vous, s'il-vous-plaît, souhaiter le bonsoir de ma part à feu monsieur le chevalier de Lorraine qui est lui aussi tout comme moi un membre de la famille de Lorraine.

Cordialement,

Marie Antoinette d'Autriche, dauphine de France


Chère Marie-Antoinette,

Je ne connais point de plus bel endroit que le domaine de Saint-Cloud que j'affectionne, agrandi et embelli depuis maintes années. C'est un ravissement pour mes yeux et mon cœur.

Mon épouse, la Princesse Palatine, est de douze ans ma cadette. Elle appartenait à la petite cour allemande et est très cultivée.

Je n'ai point une bonne opinion de la maison des Habsbourg, puisque nous sommes perpétuellement en guerre contre elle.

Monsieur, Philippe Duc d'Orléans.