Aurélie de Brugeat dauphine de Montet
écrit à

   


Philippe d'Orlèans

     
   

Renseignements fraternels

    Tout d'abord, bonjour!

Ensuite, je vais vous demander s'il vous arrivait, enfant ou même adulte, de vous disputer ou de vous battre avec votre frère le roi et si vous êtes heureux d'avoir un frère. Auriez-vous souhaité avoir d'autres frères et sœurs? Comment étiez-vous, votre frère et vous, enfants? Aviez-vous des secrets? Fumiez-vous? (Je demande ça, parce que de nos jours plein de gens fument et après ça leur fait dans la gorge un trou que leur font le médecin pour respirer). De quoi aviez-vous le plus peur? Est-ce que c'est vrai qu'une fois votre frère a failli se noyer? On dit de vous qu'un jour vous vous promeniez seul en forêt et qu'un sanglier surgit qui vous obligea à passer la nuit dans un sapin: est-ce vrai? Croyiez-vous en Dieu? Saviez-vous nagez? On dit que vous êtes si petit qu'il fallait vous aider à monter à cheval ou que vous montiez un poney? Quels sont vos défauts et vos qualités? En quoi êtes-vous plus doué que votre frère? Avez-vous des ennemis? Vous a-t-on menacé?

Je remercie de m'avoir lue.

P.-S.: Vous pouvez prendre votre temps pour me répondre, car je ne peux pas recevoir de courrier étant pensionnaire dans une école privée devers là où est originaire Mme de Montespan.


Chère Dauphine,

L'instruction est fort importante et ouvre bien des portes; aussi, mettez-y beaucoup d'application. Vous vous montrez fort empressée de connaître les moindres détails de ma vie. Hélas, mes jeunes années sont loin. Toutefois, je vais tenter de répondre au mieux à vos questionnements.

Louis et moi avons toujours été fort proches malgré des disputes fréquentes sur différents sujets, encore aujourd'hui. Nous nous témoignons néanmoins tout le respect dû à notre situation. Dieu a souhaité que nous soyons une fratrie de deux, aussi je n'ai jamais désiré qu'il en fût autrement.

Je connais bien «le tabac». Le médecin de Cour a toutefois déconseillé à celle-ci de fumer, car il suspecte cette substance curative d'abréger la vie. Sa Majesté n'aime guère, mais cela est très à la mode, même les femmes s'y mettent!

Il est vrai que sa Majesté échappa à la noyade à l'âge de cinq ans. Il jouait alors près d'un bassin du jardin du palais royal.

Enfin, je ne suis point petit et je monte fort bien à cheval. Je n'ai point d'ennemi même si la cour est un panier bien garni de crabes tous avides des bonnes grâces royales.

Monsieur, Philippe Duc d'Orléans