Élodie
écrit à

   


Philippe d'Orléans

     
   

Quelques petites questions

   

Votre Altesse,

Je m' appelle Élodie et je vais avoir quinze ans. Je suis passionnée d'Histoire -surtout la période qui concerne Louis XIV. Je m'intéresse beaucoup à vous car vous êtes l'un de mes personnages historiques préférés- ce qui me vaut quelques moqueries...

Vous comprenez donc aisément que je désire en savoir un peu plus sur vous et sur vos habitudes. J'espère que ma curiosité excessive ne vous importunera pas, car ce n'est pas mon but. J'aimerais savoir s'il est vrai que votre frère a bien exilé votre ami le Chevalier de Lorraine parce que celui-ci vous aurait dit quelque chose concernant votre épouse Henriette, quelque chose qu'il n'aurait pas dû savoir et encore moins vous communiquer ? Si vous ne désirez pas répondre, je le comprendrai parfaitement.

J'aimerais également savoir ce que vous pensez de la Cour en général et de l'étiquette. Quelle est la personne avec qui vous vous entendez le moins ?

En vous remerciant par avance de bien vouloir me répondre si je ne vous importune pas trop, je vous assure de ma très profonde admiration à votre égard.

Élodie


Chère Damoiselle Élodie,

Vos dires me flattent. Vous ne m'importunez point avec vos questions; tel est le but de la démarche de Dialogus et je suis au contraire ravi de vous faire part de mes souvenirs car la vision de notre époque par la vôtre semble erronée. Beaucoup de vos contemporains me parlent souvent des railleries dont ils sont l'objet lorsqu'ils évoquent mon nom. Je n'en suis point troublé, j'ai moi-même connu ces situations, mais de manière discrète car je suis frère de Sa Majesté. Ne vous fiez qu'à votre coeur et si vous souhaitez vous intéresser à l'Histoire, faites donc.

Vous parler de moi serait bien long et je vous invite à préciser vos demandes, chère Élodie.

En ce qui concerne l'exil de ce cher chevalier de Lorraine, cet évènement ne m'évoque rien. Voilà fort longtemps que ma première épouse m'a quitté et la mémoire me fait défaut. Quel est mon sentiment à propos de la Cour? Eh bien, j'y vis depuis toujours et ne connais qu'elle. Mon frère y règne en monarque absolu et il est plaisant de voir comment tous se pressent sur son passage. Quant à l'étiquette, il est vrai qu'elle est fort contraignante mais on s'y fait très vite.

J'espère avoir répondu à vos attentes.

Philippe Duc d'Orléans


Monseigneur,

Je suis vraiment heureuse que vous m'ayez répondu, je vous remercie infiniment pour les réponses que vous m'avez données qui m'ont permis de démêler un peu le vrai du faux que l'on trouve sur le net à votre égard.

Ainsi je me permets de vous poser d'autres questions, bien entendu, si elles vous importunent, n'y répondez pas.

Tout d'abord, j'aimerais savoir quels étaient les rapports que vous aviez avec votre frère lorsque vous aviez environ onze ans, car beaucoup de livres disent que vous vous supportiez très difficilement. J'aimerais aussi savoir qui, de madame de Montespan et de madame de Maintenon, vous préfériez.

Je vous remercie d'avance, vous assure de mon plus profond respect et vous remercie encore de m'avoir répondu; ce fut un grand plaisir de parler avec une personne telle que vous.

Élodie


Chère Élodie,

C'est toujours avec plaisir que je réponds à vos lettres et à celles de vos contemporains. J'aime à faire connaître mon sentiment et mes quelques souvenirs qui semblent parfois avoir mal vécu le passage du temps mais qu'importe.

Mon frère Louis et moi-même avons toujours eu des rapports fort amicaux. Il est vrai que lorsque nous étions enfants nous avions déjà des tempéraments très différents... Nous n'avons pas reçu la même éducation. J'avais en outre, m'a-t-on dit, un babil incessant qui agaçait mon entourage.

Votre deuxième question me porte à sourire. Il est bien évident que, de ces deux dames que mon frère a portées dans son coeur et son lit, je préfère Athénaïs de Montespan. Saviez-vous que c'est moi qui les ai présentés? Personne n'ignore le ressentiment que j'ai envers cette bigote de Madame de Maintenon. C'est une femme très austère qui a changé le visage de Versailles.

J'espère que ces quelques lignes vous suffiront.

Philippe Duc d'Orléans