pierre.chirol
écrit à

   


Philippe d'Orléans

     
   

Monsieur votre frčre

    À Monsieur, Frčre du Roy Louis XIV,

Tout d'abord je voulais vous dire ŕ quel point je suis heureux d'ętre le premier ŕ vous écrire.

Ma question est fort simple. Comment vous traitait votre frčre, vous et vos deux femmes (Henriette d'Angleterre et Elisabeth-Charlotte de Bavičre.) Ainsi que vos enfants.

Et j'ai encore une derničre question, si vous le permettez. Votre mčre, Anne d'Autriche, préférait-elle l'un de vous deux?

Votre dévoué serviteur,

Pierre



Cher Monsieur,

Vous me voyez ravi d'un intéręt si rapide ŕ mon égard. Je reviens ŕ peine du lever de Sa Majesté mon Frčre.

Votre question me prouve que ma vie est fort peu connue ŕ votre époque et cela ne m'étonne gučre. Je vais donc tenter d’éclaircir certains passages.

Je vais répondre ŕ vos deux interrogations. Eh bien voyez-vous, mon cher monsieur, mon Frčre le Roi, venu au monde aprčs tant d'attente, est arrivé tel un miracle de Dieu, et ce, pour le plus profond bonheur de ma Mčre, feue Anne d'Autriche. La succession de mon Pčre, feu Louis XIII, était donc assurée.

Dčs lors, tout l'intéręt se portait autour de sa personne. Męme si ma naissance, en l'an 1640, venait conforter la lignée des Bourbons en cas de décčs de Louis, je suis toujours resté le «vilain petit canard», ma foi, de la famille royale. Sans doute ŕ cause de mes mśurs et écrasé par la personnalité de Louis.

J'ai toujours respecté mon Frčre et lui suis resté loyal. Je pense qu'il ressent une profonde amitié pour moi. Dire que nous nous aimons serait sans doute fort exagéré puisque nos relations sont souvent tendues (lors de mes victoires militaires notamment!).

Pour ce qui est de mes deux épouses, alors voici. Ma premičre épouse fut ma cousine germaine Henriette d'Angleterre. Je me rappelle ce jour oů mon Frčre m'annonça que j'allais épouser «les os du saint sacrement» (faisant référence ŕ sa maigreur). Mais le jour de la cérémonie, elle nous est ŕ tous apparue trčs belle. Le Roi la considéra fort bien, jusqu'ŕ flirter avec elle. Je ne ressasserai pas cette vile histoire qui me donne des aigreurs. Nous eűmes un fils, Charles Philippe, qui décéda ŕ mon grand dam en l'an 1666, et deux filles Marie Louise et Anne. Le Roi les considéra toujours bien, selon leur rang.

Aprčs sa mort restée mystérieuse, le Roi me donna en secondes noces la princesse Palatine, Elisabeth Charlotte von Wittelsbach-Simmern de Bavičre; nous avons eu un fils. Madame a un franc-parler qui la rend célčbre ŕ la cour et qui ne manque pas de déplaire ŕ Sa Majesté. Ils sont bons amis.

Quant ŕ ma Mčre, vous me demandez qui, de Louis ou de moi, elle préférait. Voilŕ une question qui nous travaille fort peu. Je pense qu'elle nous a fort aimés jusqu'ŕ son trépas. Malgré une tendresse peu excessive ŕ mon égard, je n'ai jamais cessé d'ętre son «enfant chéri».

J'espčre Monsieur, avoir apporté les réponses aux questions que vous vous posiez.

Je vous salue.

Monsieur Philippe duc d'Orléans