Aurore
écrit à

   


Philippe d'Orléans

     
   

Madame de Maintenon, gouvernantes et autres

    À Monsieur, frère du roi et duc d'Orléans.

Décidément, vous m’êtes bien plus sympathique que votre frère. C’est pour cette raison que, toujours avide de nouvelles connaissances concernant votre époque, c’est à vous que je viens m’adresser.

J’ai des questions concernant madame de Maintenon. Qu’est-elle réellement pour votre frère? Une favorite élevée à plus haut rang que les précédentes ou une conseillère politique? Savez-vous s’il lui fait partager les affaires du royaume et s’il accorde de l’intérêt à son avis?

Je pense que chacun a ses amis à la cour. Quand on est proche de Sa Majesté, est-il facile d’obtenir des faveurs, des postes ou autres pour ses amis?

J’aimerais en savoir plus sur votre enfance ainsi que sur celle de votre frère. Comment se nommaient vos gouvernantes? Vous ont-elles élevé très différemment? On dit aujourd’hui que la vôtre vous habillait en fille!

Je suis, Monsieur, très heureuse de pouvoir par ces quelques lignes vous témoigner de mon intérêt et de mon admiration pour un personnage tel que vous. Il me semble en plus que contrairement à votre frère, vous êtes tout à l’écoute des gens de plus basse condition que vous.

Je vous fais parvenir tout mon respect. J’ose parfois imaginer que si j’avais vécu à votre temps, nous aurions été amis. Veuillez me pardonner cette audace,

Aurore

Chère Aurore,

Concernant Madame de Maintenon, vous n'êtes point sans savoir que nos relations sont sommaires. Nous n'avons jamais eu d'affinités particulières. Aussi suis-je mal placé pour vous répondre quant à cette femme. Je pense que mon Frère Louis demande ses avis à Madame de Maintenon et que, sans toujours les suivre, il s'en inspire grandement. Mais cette question n'est pas de mon ressort.

Vous avez, je pense, bien cerné le monde de la Cour. Bien que cela soit un peu moins vrai aujourd'hui, la Cour est un panier de crabes où qui veut s'élever doit charmer sa Majesté de quelque manière que ce soit, mais aussi pincer ceux qui veulent en faire autant. Sa majesté a tout pouvoir à ce titre: Louis peut attribuer et retirer à sa guise ses faveurs royales.

Nos enfances, comme je l'ai déjà dit à vos contemporains, ne me laissent que peu de souvenirs... quelques jeux, quelques échanges avec feus nos royaux parents, l'épisode funeste de la Fronde, que nous avons vécu ensemble, les préceptes enseignés par Monsieur la Mothe le Vayer... mais rien de plus éclatant. Nous avons été élevés très différemment, il est vrai. Louis a reçu une éducation de dauphin avec enseignements des faits politiques, militaires, historiques, pratique de la chasse... J'ai pour ma part reçu des préceptes plus «artistiques»...

Bien à vous,

Monsieur, Philippe Duc d'Orléans.