petitclaude0
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Philippe d'Orléans

     
   

L'ombre et le pouvoir

    Votre Altesse,

Je voulais vous poser plusieurs questions. Voilà, j'aurai voulu savoir s'il n'est point trop difficile de vivre dans l'ombre de son frère? Un frère qui monopolise l'attention autour de lui. Autre chose: êtes-vous tenté par le pouvoir? Est-il possible de songer à un complot contre le Roi pour prendre sa place? Que pensez-vous de la façon de gouverner de votre frère? Ne le trouvez-vous pas trop dur envers le peuple? Je sais qu'on doit respecter Sa Majesté Votre frère mais j'aimerai que vous me répondiez. Je vous remercie d'avance.

Avec mes salutations les plus distinguées.
Laurent



Bonjour cher Monsieur,

Je vais répondre à vos questions comme je l'ai fait avec vos contemporains.

Tout d'abord, vivre dans l'ombre de Mon Frère est ce que le Seigneur a voulu de moi. Il est vrai que sa personnalité et son rang font de lui l'égal de Dieu, dont il est le représentant. Il règne, impose, dirige, amuse... tout le monde à la Cour vit selon son bon vouloir... Je suis un courtisan parmi tant d'autres...

Tenté par le pouvoir? J'ai déjà un certain pouvoir en étant frère de roi et duc d'Orléans. Je ne saurai vous dire que je souhaite prendre la place sur le trône, ce serait crime de lèse-majesté que d'y prétendre. Je suis et resterai fidèle à mon Roi! Le trône me reviendra si mon Frère et sa descendance viennent à mourir ce que je ne souhaite point...

Quant à sa façon de gouverner, je n'ai rien à en dire... Je suis d'avis sur bien des choses et je déplore d'autres choses mais ce n'est pas à moi d'en juger. Dur envers son peuple, on peut le penser... mais il faut penser que son rêve est d'agrandir et de prouver au monde la puissance du royaume de France!

J'espère avoir répondu dans la mesure de vos espérances.

Je vous salue bien bas cher ami.

Monsieur, Philippe Duc d'Orléans.



Votre Majesté,

Laissez-moi vous remercier pour votre réponse qui m'a apporté pleine satisfaction. Je voulais savoir si la fronde a pu jouer un rôle dans la politique de Louis XIV par la suite. Si oui, comment l'a-t-elle influencée? Aimiez-vous la vie à Versailles? Et aussi, comment trouviez-vous l'étiquette à la cour? Trop rigide? Était-ce vraiment pour contrôler les nobles que le roi votre frère les a fait venir à Versailles? Vous qui êtes dans les rouages de l'État, vous pouvez peut-être me renseigner. Et à propos de vous, quel était votre rôle? À part conseiller, aviez-vous une autre fonction dans l'État même, des missions diplomatiques par exemple.

Je vous remercie d'avance de votre réponse qui me satisfera dans tous les cas.

Sincères salutations. Que Dieu vous protège!

Laurent



Cher ami,

Vous me voyez ravi de la satisfaction causée par ma réponse. Je pars de ce pas à Versailles où sa Majesté mon frère m'attend. Je vais répondre à vos questions les unes après les autres. Cet épisode regrettable de la Fronde nous a énormément effrayés quand nous étions jeunes. Nous avons dû quitter précipitamment nos appartements pour nous cacher, nous étions menacés. Louis en a beaucoup souffert. Cela a joué un grand rôle, je pense, dans sa conception des hautes gens. Il a toujours juré que tel désastre ne se reproduirait plus. C'est ainsi qu'il veut autour de lui toute la haute noblesse à qui il ne fait aucunement confiance.

La Vie à Versailles, je peux dire que je l'ai aimée, étant plus jeune et plus fougueux, quand Louis donnait des fêtes grandioses, où jeux et plaisirs étaient nôtres. Je vous dis ceci pour nous autres, courtisans. Lui était la plupart du temps dans son cabinet entouré de ministres. Encore aujourd'hui, il travaille sans relâche. Depuis que la Bigote, Madame de Maintenon est entrée dans sa vie, la Cour se fait vieillisante et morne. Les plaisirs véritables ont disparu. Mais je suis un homme de la Cour et en tant que tel, je puis dire que j'aime y vivre. L'étiquette est contraignante mais, vous savez, elle est inscrite dans nos esprits et nous l'exécutons à chaque instant sans nous en rendre compte! Moi même j'y suis soumis et cela ne me semble en rien difficile.

Je n'ai pas un rôle si grand que vous pourriez le penser. Je suis certes le frère de sa majesté et j'ai donc une place d'importance à la Cour mais mis à part mon avis en tant que Monsieur et mon état de Duc d'Orléans, je n'ai guère de fonctions. Je n'ai point de missions diplomatiques à proprement parler, je peux intervenir rarement en son nom.

J'espère que ces modestes réponses vous seront d'utilité. Je suis attendu à la Cour et dois me hâter.

Je vous salue, cher Monsieur, et vous dis à bientôt.

Monsieur, Philippe Duc d'Orléans



Votre Altesse,

Excusez-moi de ne pas vous avoir écrit plus tôt. Je voulais tout d'abord vous remercier de votre dernière réponse qui m'a pleinement satisfait. Voilà, si j'ai bien compris, Mazarin était détesté par le peuple. Pouvez-vous me le confirmer ou me dire si je fais une erreur? Quelle perception aviez-vous vous-même de Mazarin? Lui faisiez-vous pleinement confiance pour diriger les affaires du royaume? Et qu'en était-il de Sa Majesté Louis XIV vis-à-vis de celui-ci?

D'avance, je vous remercie de votre réponse.

Sincères salutations et que Dieu vous protège.

Laurent



Cher ami!!

Voilà fort longtemps qu'on ne m'avait point sollicité et vous me voyez ravi... Les journées sont tranquilles ces temps-ci à la Cour et j'avoue qu'il m'arrive de m'ennuyer.

Hé bien, que vous dire... Monsieur le cardinal Mazarin nous a quittés il y a déjà fort longtemps. Je me souviens d'un homme très charismatique avec un fort accent italien, la mine toujours grave. Louis passait beaucoup de temps avec lui, moi ce fut le contraire donc je ne puis vous en dire davantage. En revanche, Louis en était très proche. Je peux dire qu'il l'appréciait en tant qu'homme d'État mais aussi en tant que parrain... Pour ces deux choses, Louis lui vouait une confiance infinie même s'il n'était pas toujours d'accord avec lui. Quant au peuple, l'épisode auquel vous faites sans doute allusion est la Fronde, funeste évènement... mais je pense que c'est la situation dans son ensemble qui a provoqué cette rébellion et non Monsieur le cardinal!!!

J'espère que ma réponse, quoique fort simple, vous éclairera.

Je vous salue

Monsieur, Philippe Duc d'Orléans.